
Les autorités de la refondation, à commencer par le PRRM Michaël Randrianirina, se réjouissent de la bonne santé de la monnaie nationale, qui s’est appréciée depuis le début de l’année.
A priori positive, cette appréciation de l’ariary n’est cependant pas sans danger pour l’économie nationale. Les industries exportatrices, notamment, se disent pénalisées par ce regain de vitalité de l’ariary.
Bonne performance
En effet, à l’ouverture du marché interbancaire des devises, en ce début du mois de mai, l’euro affiche un taux de change de 4 839 ariary et le dollar, de 4 151 ariary. Alors qu’au début janvier, ces deux devises de référence valaient respectivement 5 310 ariary pour un euro et 4 579 ariary pour un dollar. En somme, l’ariary s’est apprécié de manière significative, d’environ 5,4% face à l’euro et de près de 13,8% face au dollar. Cette apparente bonne performance de la monnaie nationale s’explique notamment par une conjoncture marquée par d’importantes entrées de devises, mais aussi par des financements extérieurs qui ont continué à être déboursés. Elle trouve également son origine dans la politique monétaire menée par la Banque centrale, notamment à travers des taux directeurs élevés, visant à contenir l’inflation et soutenant indirectement la valeur de l’ariary. À cela s’ajoutent des facteurs internationaux, notamment l’évolution du dollar sur les marchés mondiaux, qui peut accentuer les mouvements observés localement.
Bénéfices conjoncturels
Cette monnaie plus forte a évidemment des effets bénéfiques et des avantages non négligeables. Elle permet notamment de réduire le coût des importations, en particulier des produits stratégiques comme le carburant ou certains biens alimentaires. À court terme, cela contribue à atténuer les pressions inflationnistes, un enjeu majeur pour le pouvoir d’achat des ménages malgaches. Cependant, ces bénéfices restent en grande partie conjoncturels et ne traduisent pas nécessairement une amélioration structurelle de l’économie. Du côté des industriels exportateurs, le constat est nettement plus préoccupant. Une appréciation de l’ariary signifie que, pour un même montant en devises, les recettes converties en monnaie locale diminuent. Dans un secteur comme le textile, fortement intégré aux chaînes de valeur internationales et soumis à une concurrence intense, cette évolution peut rapidement éroder les marges. À titre d’illustration, une entreprise percevant 1 000 euros voyait auparavant un revenu d’environ 4,8 millions d’ariary. Aujourd’hui, ce montant tombe à près de 4,5 millions d’ariary, soit une perte significative sans modification de l’activité réelle. Cette situation alimente les inquiétudes des opérateurs, qui redoutent une perte de compétitivité face à des pays où la monnaie reste plus faible.
Emplois menacés
Les effets néfastes se font notamment sentir dans le secteur textile, qui procède actuellement à des mesures de compression du personnel. Bref, beaucoup d’emplois sont menacés. Les entreprises franches du textile se plaignent par ailleurs de la réduction, sinon de la suspension, des commandes au titre de l’AGOA. Quoi qu’il en soit, la situation actuelle pose une question centrale aux autorités économiques, qui doivent arbitrer entre la nécessité de renforcer la lutte contre l’inflation et la compétitivité des exportations. Car, au-delà des variations conjoncturelles de l’ariary, le véritable enjeu reste la transformation de l’économie, à travers une industrie compétitive.
R.Edmond.




