
La fiscalité du crédit, le coût du capital et l’accès au financement des entreprises ont été au centre de l’afterwork économique organisé jeudi dernier par le Jeune Patronat de Madagascar, à l’hôtel Le Louvre Antaninarenina.
Le débat sur le coût du crédit bancaire a pris une nouvelle dimension lors de l’afterwork consacré au « Paradoxe du financement à Madagascar », organisé jeudi dernier par le Jeune Patronat de Madagascar au Louvre Antaninarenina. Lors de son intervention en tant que panéliste, le ministre de l’Économie et des Finances, Dr Herinjatovo Aimé Ramiarison, a annoncé que la TVA sur les intérêts des prêts bancaires, prévue par la Loi de finances initiale 2025, est aujourd’hui suspendue par la Direction générale des impôts. Sa suppression sera soumise au Parlement dans le cadre de la Loi de finances rectificative 2026. Cette annonce répond à une préoccupation forte du secteur privé. L’application de cette TVA aurait mécaniquement renchéri le coût du crédit, dans un contexte où les entreprises malgaches peinent déjà à financer leurs investissements. Pour le ministère, cette mesure illustre l’arbitrage délicat entre la nécessité de préserver les recettes publiques et celle de ne pas pénaliser l’investissement productif.
Performance à améliorer
Le diagnostic présenté lors de l’événement met en évidence l’ampleur du défi. Le crédit privé ne représente qu’environ 17% du PIB à Madagascar, contre près de 28% en Afrique subsaharienne. Seules 8% des entreprises ont recours au crédit bancaire, contre 19,5 % en moyenne dans la région. À cela s’ajoute le poids du secteur informel, qui concerne 94% de la population active. Dans le même temps, l’économie malgache doit accélérer fortement, avec un objectif de croissance de 3,8% en 2026, puis de 7,5% en 2027. Pour le ministre de l’Économie et des Finances, la question ne se limite donc pas à la baisse des taux. Le véritable enjeu consiste à réduire les risques, à améliorer la productivité et à rendre davantage de projets finançables. Le taux directeur, situé à 12%, et le taux moyen d’emprunt, estimé autour de 18%, traduisent un coût du capital élevé dans une économie qui a pourtant besoin d’investir davantage. Le coût du crédit apparaît ainsi comme le reflet d’un système global où se croisent les contraintes économiques, fiscales, juridiques et institutionnelles. De son côté, Mahefa Edouard Randriamiarisoa, DG d’ACEP Madagascar, a soutenu que l’accès au crédit suppose aussi de repenser la notion de risque.
Levier
Cette lecture a également été partagée par Hugues Bonshe Makalebo, président de l’Association professionnelle des banques. Mais, selon lui, le taux du crédit n’est qu’une partie du problème. L’accès au financement dépend d’un environnement général encore peu favorable à l’entrepreneuriat. La transmission du taux directeur ne repose pas uniquement sur la liquidité disponible. Elle exige aussi une cohérence entre les politiques monétaire et budgétaire, ainsi qu’un système financier plus structuré. Dans cette perspective, la fiscalité du crédit devient un levier majeur. Le MEF défend une approche prudente et fondée sur l’évaluation. Toute mesure fiscale appliquée au financement doit être appréciée à travers trois tests : son rendement réel pour l’État, son effet sur le coût global du financement et son impact sur l’investissement, l’emploi et la formalisation. L’objectif est d’éviter qu’une recette fiscale immédiate ne fragilise la base productive, appelée à générer demain plus de revenus, plus d’emplois et plus de recettes publiques.
Alternatives
Au-delà de la fiscalité, les discussions ont mis en avant la nécessité de diversifier les sources de financement. Le ministre a insisté sur le développement d’alternatives au crédit bancaire classique, notamment à travers un marché de capitaux, des fonds de garantie, des obligations, le crowdfunding, les partenariats public-privé et le blended finance. L’enjeu est de mieux répartir le risque, d’élargir les options offertes aux entreprises et, à terme, de réduire la pression sur les taux. La Société financière internationale (IFC), bras privé du Groupe Banque mondiale, est également appelée à jouer un rôle dans cette dynamique. En effet, l’IFC prévoit, dans ce cadre, une enveloppe de 124 millions USD, dont 46 millions USD attendus en décaissement en juin 2026, notamment pour développer les marchés financiers secondaires. Les secteurs ciblés concernent l’énergie, les infrastructures, les PME, le textile et l’amélioration du climat des affaires.
Antsa R.




