
Alors que l’arrestation du député du 5e arrondissement, Naivo Raholdina, continue d’alimenter le débat, hier, en marge de l’ouverture de la première session ordinaire du Parlement, la Garde des Sceaux, Fanirisoa Ernaivo, est montée au créneau pour défendre la légalité de la procédure, en répondant au président de l’Assemblée nationale.
L’image est forte : alors que les députés rejoignent leurs travées pour cette première session ordinaire de l’année 2026, l’un des leurs manque à l’appel, et pas des moindres. Le député du Ve arrondissement, Naivo Raholdina, dort à Fiadanana depuis samedi soir. Pour le régime, c’est une affaire judiciaire ; pour Tsimbazaza, c’est un affront aux prérogatives parlementaires. « Rien d’illégal », selon la Justice.
Contretemps administratif
Face à la tempête de critiques, la Garde des Sceaux, Fanirisoa Ernaivo, a choisi l’offensive pour défendre la légalité de l’interpellation. En marge de la cérémonie officielle, la ministre a balayé d’un revers de main les accusations de procédure arbitraire. « Nous ne faisons rien d’illégal ! », a-t-elle martelé avec fermeté. Quant à l’absence de notification officielle à l’Assemblée, la ministre évoque un simple contretemps administratif : « C’est pour une raison purement administrative que le président de l’Assemblée nationale n’a pas reçu la lettre à temps. Le document était déjà dans son bureau. Il vient d’arriver et c’était le week-end, donc il ne l’avait pas vu ». Un argumentaire qui passe mal auprès des députés, qui y voient une manœuvre pour contourner les protections constitutionnelles dont bénéficient les élus.
Levée d’immunité
De son côté, le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, ne décolère pas. Pour le « patron » de Tsimbazaza, les règles du jeu ont été bafouées. Il a rappelé avec insistance, lundi dernier, qu’aucune levée d’immunité n’a été votée ni même sollicitée dans les formes requises avant l’arrestation. « Pour nous, Naivo Raholdina est un député protégé par la loi tant que la procédure de levée d’immunité n’a pas abouti », a-t-il déclaré. Le président de l’institution a également tenu à clarifier la situation de l’élu du 5e arrondissement, dont les absences passées alimentaient les rumeurs. Opéré du cœur en Inde après les troubles de fin 2025, Naivo Raholdina disposait de certificats médicaux en bonne et due forme.
Calculs politiques
Quoi qu’il en soit, cette affaire met à nu un véritable « court-circuit » entre l’Exécutif et le Législatif, au cœur d’une période de Refondation où les calculs politiques dictent l’agenda. Le décor est planté : d’un côté, Siteny Randrianasoloniaiko joue son va-tout pour bâtir une majorité « solide et solidaire », n’hésitant pas à courtiser les transfuges de l’IRMAR, désormais « niova fo ». De l’autre, la Garde des Sceaux tape du poing sur la table, signifiant la fin de la récréation pour les « firongony » qui ont fait la pluie et le beau temps sous l’ère « Orange ». Dans les travées de l’Hémicycle, cette session a également été marquée par le « comeback » de Lanto Rakotomanga (élue Tana II), de nouveau sous les projecteurs après une éclipse prolongée, suite aux turbulences de septembre et octobre derniers. Mais derrière les sourires de façade, l’atmosphère reste pesante. Alors que les gardes à vue se prolongent, l’ombre de Fiadanana s’étire sur Tsimbazaza. Ce bras de fer entre la Justice et les parlementaires, loin d’être un simple incident de parcours, risque de ternir une fois de plus le blason de la démocratie malgache.
Julien R.


