
De la petite « répétitrice » de quartier à la tête d’un empire éducatif, le parcours de cette mère de quatre enfants est un modèle de résilience et de passion. Récemment diplômée d’un doctorat en sciences de l’éducation de l’Université Robert de Sorbon en France, elle dirige aujourd’hui le groupe UPRIM et les établissements Frisquette. Rencontre avec Haingo Nadia Rakotovaoarison, pour qui l’enseignement n’est pas un business, mais un sacerdoce.
Tout commence sur les bancs de l’école primaire. Alors que ses camarades rêvent de métiers divers, elle n’a qu’une vision : transmettre. « En classe de 9e, j’avais une enseignante qui était ma véritable idole. C’est elle qui a ancré en moi l’envie de devenir maîtresse d’école », confie Haingo Nadia Rakotovaoarison. Cette flamme ne s’éteindra jamais. Dès le lycée, elle s’improvise répétitrice le soir pour les plus petits. Durant les vacances, elle rassemble les collégiens du quartier pour des cours de soutien. Ce n’était pas seulement un « job de vacances », c’était une révélation : « J’ai compris que c’était ma vocation, car je voyais mes élèves progresser réellement. »
Après son bac, elle s’oriente vers l’administration d’affaires, tout en se formant à l’informatique bureautique. À Tanjombato, devant l’étalage de ses parents commerçants, elle installe une simple plaque dactylographiée sur une feuille A4 : « Cours d’informatique et de français parlé ». Le succès est immédiat. Ces revenus lui permettent de financer ses études en université privée. C’est à cette époque que l’idée germe : allier la pédagogie à la gestion. Son mémoire de fin de cycle porte déjà sur la gouvernance d’un établissement scolaire. Le rêve prend forme : elle ne veut plus seulement enseigner, elle veut bâtir.

2006 : La naissance de « Frisquette »
Le chemin vers l’autorisation d’ouverture est un parcours du combattant. Elle multiplie les diplômes (CAP, master en management, master en communication) et les stages pratiques, de la petite section au secondaire. En 2006, elle finit par trouver un local à Itaosy. L’école Frisquette naît avec seulement 21 élèves. « Le loyer était lourd, les effectifs réduits. Pour tenir, je devais multiplier les sources de revenus. » Pionnière, elle se lance dans l’événementiel et organise le premier « salon des études universitaires » à la Bibliothèque nationale. En parallèle, elle travaille dans les médias (TVM et chaînes privées) comme animatrice et productrice. Chaque ariary gagné sur les plateaux télé est réinjecté dans son école.
L’héritage et l’expansion
En 2007, le sérieux de son établissement « Frisquette » paie : l’effectif triple. C’est aussi l’année où elle épaule son père, enseignant et expert-comptable, pour fonder l’UPRIM à Ambondrona. Elle y occupe le poste de secrétaire générale, tout en continuant ses études et la gestion de son école. Au décès de son père, en 2017, elle prend les rênes du groupe. Aujourd’hui, Frisquette s’est transformé en lycées présents à Antananarivo, Fianarantsoa, Toamasina et Antsirabe. L’UPRIM, quant à elle, rayonne sur tout Madagascar après 19 ans d’existence.
Docteure et mère de famille
À 41 ans, son agenda donnerait le vertige à n’importe qui. Entre la gestion du groupe, son rôle d’épouse et l’éducation de ses quatre enfants (dont des jumeaux de 2 ans), elle a réussi l’exploit de soutenir sa thèse. En mars 2026, elle reçoit son titre de docteure en sciences de l’éducation de l’Université Robert de Sorbon, France. « Ma plus grande satisfaction n’est pas financière. C’est de voir nos étudiants réussir leur insertion professionnelle », explique-t-elle. Mais elle ne compte pas s’arrêter là. Son prochain défi ? L’obtention de l’HDR (habilitation à diriger des recherches) pour devenir professeure titulaire. Pour celle qui a commencé avec une feuille A4 à Tanjombato, le message est clair : avec de la conviction et du travail, l’éducation peut changer une vie, et tout un pays.
Narindra Rakotobe




