
Ce qu’il y a à féliciter dans l’exposition « Zaza mitaiza zaza », de Viviane Rakotoarivony, au Tiers Lieu Mahatazana Ampandrianomby, du 3 au 27 mai, c’est sa tentative de rejet du misérabilisme colonial. Au centre se trouvent la femme, le corps à travers les postures, le regard, etc., l’enfant, comme médium temporel, personnage/architecture du silence et aboutissement ultime de la précarité. Là, tout renvoie encore à cette esthétique de la compassion, incarnation du photojournalisme occidental, qui, derrière l’urgence de l’humanisme, relève plus de l’exotisation de la misère. Cependant, c’est sans compter sur les autres artistes qui se sont rassemblés autour de la photographe. « Je les ai choisis selon leur sensibilité » au thème, révèle Viviane Rakotoarivony. Faire devenir icône la souffrance, l’émotion immédiate, en oubliant tout le contexte historique, économique et social. La caricature culturelle, à travers le regard du « blanc sauveur », a réussi à transcender les projets des organismes internationaux de tous horizons depuis des décennies à Madagascar. Puisque d’autres matières sont venues s’imbriquer, épouser, s’immiscer, « caresser », révéler… les photographies de l’artiste principale. « En fait, nous avons dit aux modèles que leurs images seront utilisées dans diverses choses : plaidoyers, documents… Ces gens ont un message, et c’est le plus important », ajoute-t-elle. Ces autres matières extirpent le regard du visiteur et de la visiteuse de cette arrière-cour de la décence religieuse chrétienne enfouie dans son imaginaire. Il y a une sorte de dynamique, un jeu de tension, perceptible pour un regard aguerri, entre ce regard canonique occidental et cette rupture par l’hybridation et ce fil rouge. Les Na Hassi, Gina Ramarosaona, Tiffany Andrianjaka, Mahefa Rasamuel, Andri Marcel, Anjatiana Andrianoroarivo et d’autres ont apporté cette dynamique. Quelque part, « Zaza mitaiza zaza » se rapproche du plaidoyer artistique, à installer dans une conférence de l’Unicef sur la santé mère/enfant. Tout un programme. Pour faire simple, comme un livre à mettre dans la salle d’attente des grands cabinets comme McKinsey & Company, Barclays, Rothschild & Co…
Maminirina Rado


