Le projet de calendrier électoral avancé par la Commission électorale nationale indépendante se trouve au centre des discussions dans les salons et les états-majors politiques, mais aussi au niveau de la société civile, jusqu’à l’homme de la rue.
Mettre la charrue avant les bœufs
En annonçant l’organisation du référendum constitutionnel en juin 2027 et la tenue de l’élection présidentielle en octobre de la même année, la CENI donne l’impression de confondre cause et effet. De commencer par ce qui devrait être la fin. C’est mettre la charrue avant les bœufs, pour reprendre le proverbe qui signifie tout simplement faire les choses à l’envers. Quoique la mode soit à la refondation, la CENI recomposée semble aller à l’encontre du cours normal, pour ne pas dire naturel, des événements appelés à marquer la transition vers la Vème République. « Mbola any an-kibon’ny omby ». Une autre expression idiomatique relative aux bovidés qui signifie littéralement : « Encore dans le ventre d’une vache ». On attend de voir si ce sera un veau ou une génisse. Il appartiendra à la concertation nationale de donner les grandes lignes de la Constitution de la Vème République, dont la rédaction serait ensuite confiée à un comité d’experts composé notamment de juristes. Des constitutionnalistes, de préférence. Pour le moment, personne ne peut piper mot de l’orientation de la nouvelle loi fondamentale, à moins que les dés ne soient justement, ou plutôt injustement, pipés. C’est la concertation nationale qui aura, en principe, le dernier mot sur le type de régime : présidentiel ou parlementaire. Ou un mélange subtil des deux, c’est-à-dire mi-parlementaire, mi-présidentiel, puisque les Malgaches sont champions de la demi-mesure qualifiée de « marimaritra iraisana », même si le caractère inclusif du processus, recommandé par la communauté internationale, n’est pas acquis d’avance. À l’image de la CENI, qui veut faire les choses trop vite, donc dans le désordre. Y compris constitutionnel. Et ce, en s’appuyant sur la Constitution de la Quatrième République tout en anticipant sur la Cinquième, qui est « encore dans le ventre d’une vache ».
R.O



