
Le taro produit dans le district d’Ankazobe, particulièrement dans la commune rurale de Fihaonana, jouit d’une réputation d’excellence au sein de l’Indianocéanie. Cette région dispose d’un fort potentiel pour ce produit agricole, qualifié d’« or gris », tant en quantité qu’en qualité.
« Nous sommes le plus grand producteur de taro à Madagascar, fournissant principalement le marché d’Anosibe, suivi par le district d’Imerintsiatosika. La filière occupe une place centrale dans notre économie rurale, car ce tubercule n’est pas destiné à l’autoconsommation, mais constitue un produit d’exportation stratégique vers les Comores et Mayotte », a expliqué Andrisoa Radaoroson, maire de la commune rurale de Fihaonana. Au début de cette année, le prix de vente aux producteurs avoisinait les 5 000 Ar/kg. Ce tarif incitatif, contrastant avec la chute du prix du riz (entre 1 000 Ar et 1 200 Ar le kilo), a poussé la majorité de la population à se lancer dans cette culture. La production a ainsi quintuplé cette année.
Une chute brutale des prix
Madagascar demeure le premier fournisseur de taro des Comores, dont l’offre locale ne suffit pas à satisfaire la demande. Cependant, malgré ce potentiel, les producteurs traversent une période d’incertitude. « Le prix de l’or gris a connu une chute vertigineuse, tombant à 1 500 Ar le kilo ces derniers temps. La production ne trouve plus preneur. Cette situation fait suite au passage du cyclone Gezani, qui a durement touché le pays, notamment la région Atsinanana », a souligné Andriamalala Jean Cri Razakarivony, un exportateur. Le taro d’Ankazobe, réputé pour son goût et sa résistance, peut atteindre plus de 5 kg par pied. Toutefois, l’aléa climatique a détruit des infrastructures logistiques essentielles. « Le taro est un produit périssable conditionné dans des conteneurs frigorifiques au port de Toamasina. Les dégâts matériels, dont la perte d’un conteneur destiné à l’exportation, ont provoqué cet effondrement des prix », précise l’exportateur.
Transformation locale
Des opportunités majeures se profilent vers La Réunion et Maurice, où le taro est prisé pour la cuisine créole et indienne. Madagascar peut s’imposer grâce à des prix compétitifs, à condition de respecter les normes sanitaires européennes et d’assurer une taille marchande supérieure à 500 grammes par unité. Les défis restent nombreux : restructuration des groupements de producteurs, réduction des pertes post-récolte et respect des normes phytosanitaires. Parallèlement, la transformation locale commence à émerger. Des petites et moyennes industries (PMI) se lancent dans la production de farine ou de chips de taro afin de créer de la valeur ajoutée. À titre d’illustration, la farine de taro est très demandée en Asie pour la pâtisserie ; des commerçants chinois proposent déjà à Madagascar des gâteaux à base de taro à 4 000 Ar l’unité. Enfin, grâce à ses propriétés hydratantes, le taro trouve également des débouchés dans l’industrie cosmétique.
Navalona R.




