Deux semaines, enfin presque, après avoir déclaré persona non grata l’attaché de sécurité intérieure au 3 rue Jean Jaurès à Ambatomena, le régime de la Refondation se rend au sommet Afrique-France à Nairobi, à la tête d’une forte délégation conduite par le colonel au béret vert.
« Aller à Canossa »
Le dégel des relations entre Antananarivo et Paris passerait-il par Nairobi ? En se rendant en nombre dans la capitale kenyane où se tient depuis hier le sommet « Africa Forward », le pouvoir « Fanavaozana » va dans le sens de « l’appel de la France aux autorités de Madagascar à maintenir un dialogue constructif ». Quoiqu’il s’agisse avant tout d’une rencontre multilatérale et non bilatérale, ce sera peut-être l’occasion pour Michaël Randrianirina et Emmanuel Macron de poursuivre en tête-à-tête leur entretien téléphonique du 28 avril dernier. C’est-à-dire le jour de la convocation de l’ambassadeur de France par le ministère des Affaires étrangères de Madagascar, qui s’était soldée par un échange de bons procédés puisque le Quai d’Orsay devait convoquer à son tour le chargé d’affaires malgache au 4, avenue Raphaël à Paris. Et ce, en vertu du principe de réciprocité, au sens de la Convention de Genève évoquée justement par le MAE pour justifier l’expulsion du colonel Pierre Couve, même si la tension entre les deux capitales… couve depuis cette histoire de faux vrais ou vrais faux (c’est selon) « actes de déstabilisation impliquant des ressortissants malagasy et étrangers ». Le MAE a voulu visiblement faire preuve de tact diplomatique en s’abstenant de parler précisément de ressortissants français. Ce pharisaïsme propre au langage diplomatique serait-il encore de mise à Nairobi ? Si la France compte se défaire définitivement de l’image néocoloniale de « Françafrique », Madagascar ne veut pas non plus donner l’impression « d’aller à Canossa », une expression qui ne signifie plus humiliation politique mais compromis, sans friser pour autant la compromission. En tout cas, dans la langue malgache, c’est toujours le même sens pour le terme « kanosa », dont l’étymologie pourrait provenir, pourquoi pas, de Canossa.
R.O


