
Son parti MTS et lui-même, ayant participé à tous les scrutins qui se sont tenus dans le pays depuis une trentaine d’années, l’inamovible élu de Toamasina I a son mot et ses « maux » à dire sur les prochaines élections. Interview.
Midi Madagasikara : D’après le président de la CENI, la Russie va nous aider pour les élections.
Roland Ratsiraka : « C’est une aberration totale. La Russie n’est pas un exemple de démocratie, et les propos du président de la CENI m’étonnent profondément. Si l’on prenait exemple sur la Russie dans les domaines de la technologie militaire, de l’aérospatiale, du nucléaire ou de certains secteurs scientifiques, cela pourrait paraître logique et cohérent. Mais concernant l’organisation des élections, c’est une tout autre question. Le président de la CENI souhaite se faire aider par la Russie pour l’organisation des élections. Je trouve cette démarche aberrante et profondément scandaleuse. Lorsqu’un pays organise des élections, la priorité absolue doit être la crédibilité, la neutralité et la confiance du peuple envers les institutions électorales. Or, vouloir prendre comme référence un pays régulièrement critiqué par de nombreuses organisations internationales concernant la transparence électorale, les libertés publiques et l’indépendance des institutions soulève de sérieuses inquiétudes. »
MM. : De quoi ou de qui Madagascar a-t-il alors besoin pour les élections ?
R.R. : « Les Malgaches ont besoin d’élections apaisées, transparentes et incontestables. Notre pays doit renforcer ses propres institutions, moderniser ses outils électoraux et garantir une véritable indépendance de la Commission électorale, plutôt que de dépendre d’une puissance étrangère dont le modèle démocratique est fortement contesté sur la scène internationale. Se tourner vers la Russie pour obtenir une assistance électorale serait un très mauvais signal envoyé à la population malgache ainsi qu’à nos partenaires internationaux. Cela risque d’accentuer la méfiance déjà existante autour des processus électoraux et de fragiliser davantage la confiance des citoyens. Les élections malgaches doivent être organisées par les Malgaches, dans la transparence, avec l’appui éventuel d’institutions reconnues pour leur neutralité et leur expertise démocratique, et non sous l’influence géopolitique d’une puissance étrangère. Si nous commençons à chercher des modèles auprès de régimes contestés, nous risquons tout simplement d’aller droit dans la gueule du loup. »
MM. : Vous aviez critiqué sur les réseaux sociaux l’un des nouveaux membres de la CENI.
R.R. : « Lorsque l’on apprend que l’ancien préfet de Toamasina est devenu membre de la CENI, proposé par une « société civile » censée représenter la population, on constate que cette société civile n’est plus crédible et n’a pas compris sa mission, ou alors qu’elle est motivée par d’autres intérêts. L’ancien préfet est une personne déjà bien connue pour son non-respect des valeurs républicaines et pour son rôle au cœur de nombreuses fraudes électorales que j’ai dénoncées publiquement à Toamasina. »
MM. : Mais c’est le choix de la société civile.
R.R. : « Comment la « société civile » peut-elle proposer une telle personne, et comment la CENI a-t-elle pu accepter pareille nomination ? Y a-t-il quelque chose derrière tout cela ? Avec plusieurs chefs fokontany, il était à la tête d’un réseau très actif dans la manipulation des votes lors des élections municipales et législatives à Toamasina. Nous avions porté plainte au pénal, mais, évidemment, c’est resté sans suite. Environ 20 chefs fokontany auraient participé à ces fraudes, et nous disposons de preuves. Les futures élections ne peuvent pas être organisées par la CENI actuelle. Il faut une nouvelle « CENI de la Refondation » pour garantir de véritables élections libres, sincères et transparentes. »
MM. : Quelles solutions proposez-vous ?
R.R. : « Nous devons mettre en place une liste électorale biométrique et donner au pays la chance de corriger ce qui n’a pas été fait depuis des décennies. Il faut traiter les problèmes avec de vraies solutions, et non pas faire semblant en reproduisant les mêmes échecs. Le MTS que je dirige depuis 30 ans a participé à toutes les élections et réussi à placer des élus : maires, députés et sénateurs. Nous avons été victimes de multiples manipulations et de fraudes et irrégularités scandaleuses. Rien ne changera si nous continuons à accepter des solutions médiocres et des systèmes détournés. Madagascar mérite mieux, avec de vraies solutions et de vrais partenaires comme l’Union européenne, l’Union africaine, la SADC… »
Propos recueillis par R.O




