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jeudi, septembre 17, 2026
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Corruption : Le gouvernement promet la traque financière

La lutte contre la corruption veut changer de visage. Fini, du moins dans le discours officiel, le simple traitement administratif des dossiers. Réuni vendredi dernier au palais de Mahazoarivo, le comité de pilotage (COPIL) de la Stratégie Nationale de Lutte Contre la Corruption (SNLCC) 2025-2030 a validé un virage plus offensif. Désormais, la corruption sera traquée comme un crime économique, avec des enquêtes financières parallèles, des investigations patrimoniales et une chasse aux avoirs illicites. Une orientation portée par le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison, qui connaît bien les circuits financiers pour avoir dirigé auparavant le service de renseignement financier. « La corruption est avant tout une infraction économique », a martelé le chef du gouvernement.

Derrière cette formule, un changement de doctrine : suivre l’argent, identifier les patrimoines suspects, saisir les biens mal acquis et frapper les réseaux au portefeuille. Le gouvernement promet ainsi de systématiser les enquêtes financières dans toutes les affaires de corruption, de renforcer le recouvrement des avoirs illicites et même d’opérationnaliser des mécanismes de confiscation des biens sans condamnation dans certains cas spécifiques. Le dispositif annoncé est ambitieux. Des équipes mixtes entre les différentes entités anticorruption devront être mises en place pour traiter les dossiers à fort impact économique. L’Exécutif veut également instaurer une interconnexion en temps réel des données entre les institutions chargées de la lutte anticorruption afin de limiter les zones d’ombre où prospèrent les réseaux d’influence.

La lutte contre la capture de l’État, l’assainissement des marchés publics, la réforme des procédures disciplinaires dans l’administration et la souveraineté numérique figurent aussi parmi les priorités affichées pour les quatre prochaines années. En alignant le Plan de mise en œuvre de la SNLCC avec celui de la Politique générale de l’État – Refondation, le pouvoir entend faire de la lutte anticorruption un axe central de sa stratégie économique nationale. Une reconnaissance implicite d’un mal devenu structurel, qui pèse sur les finances publiques, décourage les investissements et nourrit la défiance populaire.

Casseroles

Mais derrière les annonces musclées, une question revient avec insistance : comment convaincre de la sincérité de cette croisade lorsque plusieurs figures de l’appareil d’État continuent de traîner des dossiers judiciaires, des soupçons de corruption ou des affaires financières jamais totalement éclaircies ? La contradiction devient politique. Car l’efficacité des enquêtes financières dépendra aussi de la capacité du régime à appliquer les mêmes règles à tous, y compris aux proches du pouvoir. Les casseroles restent dans les couloirs du pouvoir.

Depuis plusieurs années, les promesses de moralisation se succèdent, tandis que certains responsables cités dans des scandales occupent toujours des postes ou réapparaissent dans les cercles décisionnels. Cette culture de l’impunité nourrit le scepticisme d’une opinion publique habituée aux grandes déclarations sans suites judiciaires spectaculaires. Le défi est donc immense pour le gouvernement Rajaonarison. Transformer la rhétorique anticorruption en véritable rupture institutionnelle est le réel défi pour le gouvernement actuel. Car suivre les flux financiers et confisquer les avoirs illicites exigera plus qu’un arsenal technique. Cela nécessitera surtout une volonté politique capable de toucher les réseaux les mieux protégés du système.

Rija R.

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