
Il est l’un des personnages historiques qui ont laissé leur empreinte au cours du XXe siècle. Dès son jeune âge, en tant que témoin de la colonisation, le futur ampanjaka de la région du Sambirano a emboîté le pas de ses ancêtres en établissant des liens de collaboration avec les autorités françaises.
Entre coutume et administration coloniale
Issu d’une famille fortement ancrée dans les traditions, Saïd Achimo représentait un véritable lien entre la culture malgache et la culture française. Il incarnait simultanément l’autorité traditionnelle bemazava et l’administration coloniale en occupant le poste de « gouverneur de 1ʳᵉ classe » dans le canton d’Ambanja. Dans ce rôle, il assuma des fonctions politiques importantes à l’aube des années 1960. Avec éloquence et pragmatisme, il a réussi à persuader ses compatriotes de souscrire à sa perspective du développement régional. Par son influence, il occupait une position clé dans la gestion locale et dans les interactions entre les autorités traditionnelles et administratives. Dans l’ensemble de la zone du Sambirano, on le considérait comme une figure respectée et influente, capable d’allier autorité traditionnelle et fonctions politiques.
Ampanjaka progressiste
De plus, la culture du cacao a connu une expansion considérable pendant son règne. Durant l’époque coloniale, la vallée du Sambirano s’est affirmée comme le principal centre de production de cacao à Madagascar grâce à la fusion unique de ses sols alluvionnaires fertiles. Dès lors, les terrains précédemment réservés à l’agriculture de subsistance ont été envahis par des exploitants étrangers. La structure sociale subit alors une transformation, tandis que la vie de tous les jours se mettait désormais en place en fonction du rythme économique dicté par cette nouvelle dynamique. Toutefois, les habitudes culturelles restaient inaltérées. En maintenant de bonnes relations avec l’ampanjaka, les colons ont permis à ce dernier et à son peuple de continuer à pratiquer leurs rituels et traditions. Par ailleurs, le régime colonial s’appuyait aussi sur le souverain pour gagner la confiance des habitants locaux et restreindre les mouvements d’émancipation. Malgré l’établissement progressif de l’idéologie nationaliste dans le pays, Ambanja est l’un des rares endroits où aucun mouvement insurrectionnel important n’a été signalé en mars 1947.
Il incombe à la nouvelle génération d’étudier l’histoire dans toutes ses facettes et de saisir les figures historiques dans leur contexte : leur cadre socioculturel, leurs ambitions, leurs décisions, leurs expériences personnelles et leur vécu. Le souci vient fréquemment du fait que les descendants perçoivent l’ère de leurs aïeux à « la lumière » du XXIe siècle. Il serait indécent de porter un jugement sur ce personnage historique sans considérer son contexte. Saïd Achimo voyait dans la présence française une chance de développement pour sa région. Il a dirigé en suivant sa propre perspective, tentant de trouver un équilibre entre le respect des traditions et le désir d’avancement. C’est ce qui le définit comme un roi progressiste. Sa fille, Fatima Achimo, première sénatrice de Madagascar, a également hérité de cette vision.
Iss Heridiny


