Plus qu’une simple question de gestion administrative, la remarque du Fonds monétaire international sur les entreprises publiques met en lumière une faiblesse profonde de l’État dans sa capacité à piloter des secteurs stratégiques de l’économie.
Stratège économique ou propriétaire passif
La cinquantaine de sociétés dans lesquelles l’État détient des participations jouent, en effet, un rôle déterminant dans l’économie du pays. Certaines opèrent dans des secteurs stratégiques comme l’énergie, les transports, les finances, et représentent un levier économique considérable. Malheureusement, elles incarnent aussi, trop souvent, les limites de la gouvernance publique malgache : manque de transparence, nominations politiques, faible culture de performance et contrôle insuffisant des finances. Le cas de la JIRAMA illustre parfaitement cette situation. Les difficultés chroniques de la compagnie ne sont plus seulement un problème technique ou sectoriel ; elles sont devenues un frein au développement national. Une énergie coûteuse et instable pénalise les ménages, décourage les investisseurs et fragilise les finances publiques. Le FMI parle également d’un risque majeur : lorsque l’État ne joue pas pleinement son rôle d’actionnaire, les entreprises publiques deviennent des zones de vulnérabilité à la corruption. Contrats opaques, marchés publics sensibles, interférences politiques et absence de reddition de comptes créent un terrain propice aux dérives. Pour Madagascar, l’enjeu est désormais clair : soit ces entreprises continuent d’être des centres de pertes et de dépendance budgétaire, soit elles deviennent enfin des instruments de développement économique. Cela exige une gouvernance plus professionnelle, des comptes transparents et une séparation nette entre intérêt public et intérêts politiques. Dans tous les cas, la question est simple : l’État malgache veut-il être un véritable stratège économique ou seulement un propriétaire passif de sociétés en difficulté ? La refondation a intérêt à répondre convenablement à cette question.
R.Edmond



