
La guitare apparaît à Madagascar au cours du XIXe siècle, principalement dans les ports de la côte Est et du Nord-Ouest, grâce aux échanges maritimes avec l’Europe, l’Afrique orientale et les îles voisines comme Zanzibar, La Réunion ou Maurice. Les missionnaires protestants britanniques de la « London Missionary Society », installés surtout à Tananarive à partir des années 1820, participent également à l’introduction des instruments occidentaux dans les écoles et les églises. À cette époque, elle reste d’abord un instrument urbain, utilisé dans les milieux instruits, les familles proches du pouvoir royal et les cercles religieux chrétiens. Contrairement à l’accordéon ou aux percussions traditionnelles comme les maracas artisanales (« kayamba », « tsikadraha »), la guitare n’entre pas dans les cérémonies ancestrales. Les rites traditionnels malgaches privilégient des instruments déjà enracinés culturellement, comme la « valiha », le « kabosy » ou les tambours rituels. Les musiciens adaptent alors les techniques locales de jeu à la guitare occidentale : accords répétitifs, rythmes cycliques et accompagnement vocal collectif. Dans le sud de Madagascar, notamment chez les groupes humains Mahafaly et Antandroy, la guitare devient essentielle dans le « tsapiky » dès les années 1970. Elle remplace parfois les instruments plus anciens lors des fêtes populaires, des mariages ou des veillées. Cette adoption s’explique aussi par des raisons économiques : une guitare est plus facile à transporter, plus puissante dans les bals modernes et permet aux jeunes musiciens d’accéder à une activité rémunérée. Ainsi, même si elle n’était pas un instrument rituel à l’origine, la guitare a fini par s’intégrer aux pratiques sociales malgaches en se mélangeant aux styles locaux et aux traditions musicales régionales.
Recueillis par Maminirina Rado




