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samedi, septembre 12, 2026
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Musique : L’héritage secret d’Etienne Ramboatiana et la transmission discrète de Patrice Ralitera

Etienne Ralitera (à gauche) et Ravelomanana Ravelosoana, le maître et l’apprenti/complice.

Longtemps perçue comme purement empirique, la musique malgache possède pourtant ses propres maîtres de la rigueur scientifique. À travers l’héritage d’Etienne Ramboatiana et l’enseignement discret de Patrice Ralitera, le passionné Ravelomanana Ravelosaona plaide pour un « ban-kira gasy » universel, écrit et théorisé. Mais entre la rareté des partitions et la précarité économique, la sauvegarde de ce patrimoine exceptionnel fait face au défi majeur de sa démocratisation.

« La fabrique de sons » de deux monstres sacrés, discrets et géniaux, de la musique malgache : Etienne Ramboatiana (1930-2007) et Patrice Ralitera. Ravelomanana Ravelosaona, passionné de guitare et soucieux de transmettre aux générations futures, en dit un peu plus. « Ces deux hommes ont prouvé que la musique malgache peut être écrite en solfège ». Une affirmation d’une simplicité et d’une profondeur presque anodines, mais d’une portée temporelle incommensurable. « Il faut aussi nous sortir de cette acception de ‘’bà–gasy’’, comme si c’était seulement l’apanage des musiques de l’Imerina. Plutôt ‘’ban-kira gasy’’, qui intègre toutes les musiques malgaches sans exceptions, comme l’‘’horija’’, ‘’basesa’’, ‘’hiragasy’’ et d’autres ». Et grâce au solfège, la musique n’a ni frontière ni velléités « xénophobes ». Ce combat, ces deux maestros de la six-cordes l’ont déjà commencé il y a des décennies. Deux tomes d’un livre devenu une rareté en témoignent : « Boky fianarana gitara » (1978), d’Etienne Ramboatiana, connu des mélomanes sous le pseudo de Bouboul. En somme, deux volets d’étude musicale, à placer dans le programme d’un utopique conservatoire des arts malgaches. Seul Jean Gabin Vaovy Fanovona, un autre monstre sacré, a réussi à le réaliser ; aujourd’hui, ses manuscrits de plusieurs centaines de pages ont disparu. Par exemple, dans le tome 2, l’auteur détaille 15 « riffs », si le terme est juste, commun à tous les genres musicaux malgaches.

Perspectives immenses

Les Occidentaux ont réussi à exploiter une telle richesse. Pour mieux comprendre, il faut revenir à l’époque baroque (1600 à 1750) de la musique classique. Puisant dans l’ostinato — pour faire simple, des motifs répétitifs — Led Zeppelin, AC/DC, Metallica, Megadeth… ont forgé une identité forte et une continuité historique à la musique occidentale, le rock et le métal en l’occurrence. Dès lors, « Boky fianarana gitara » offre cette même perspective aux jeunes auteurs-compositeurs. La force des deux tomes réside dans leur intemporalité. « Ne plus se contenter de l’écoute, il est maintenant possible de reprendre avec justesse », avise Ravelomanana Ravelosaona, pour les patrimoines de la musique malgache du nord, du sud, de l’est, de l’ouest et du centre, de 2026 à 2126. Patrice Ralitera a aussi emprunté la voie tracée par son aîné. À plus de 70 ans, après des années d’apprentissage et d’enseignement baignées dans le classique, il s’est trouvé une nouvelle passion. Pour situer un brin le maître, il a vu passer dans sa salle les Jino Ramanambohitra, Mbola Talenta, Mahefa Ramanana Rahary… « Il regarde des spectacles de hiragasy. Ensuite, il m’appelle et me révèle qu’il a trouvé ceci, qu’il a découvert cela », relate Ravelomanana Ravelosaona, son ancien apprenti, devenu complice sous la bannière du « ban-kira gasy ». Sa discrétion est telle, qu’il fuit, comme le chat évite l’eau, le feu des projecteurs.

Défis et dilemmes

« Je me fais avec humilité son porte-parole, parce qu’il est temps de ranger aux oubliettes la croyance que la musique malgache ne peut pas être écrite en solfège », met en avant Ravelomanana Ravelosaona. Pour l’instant, son mentor reste dans la transmission. « Sa méthode, où il utilise également les partitions d’Etienne Ramboatiana, est plus scientifique qu’empirique ». À partir de chansons malgaches traditionnelles, Patrice Ralitera s’emploie à transmettre à ses apprentis les règles d’harmonie, à réaliser des analyses mélodiques et harmoniques… Une grille de lecture qui facilite et rend, en quelque sorte, plus limpide la lecture de tout solfège. Donc, plus aucun plafonnement, même face au grand classique. « Oui, il a utilisé les partitions écrites par Bouboul dans ses cours », reconnaît son apprenti. Ce qui laisse entrouvrir des horizons jouissifs. « Bien sûr, on peut apprendre le solfège à partir des partitions des chansons malgaches », poursuit Ravelomanana Ravelosaona. Entendre un « Valiha malaza » de Rakotozafy sur les bancs d’une école de musique pour enfants, ce serait magnifique. Hélas, les obstacles sont nombreux. D’abord, l’avidité de certaines personnes. Des maestros comme feu Etienne Ramboatiana et Patrice Ralitera veulent démocratiser tout cet héritage commun. Sauf que la cupidité prend souvent le dessus. « Il y a des gens qui n’hésitent pas à monnayer au prix fort ces œuvres, ces partitions ».

Réalisme amer

À cause de cela, en partie, la famille de Bouboul garde jalousement ses œuvres. Aussi, les coûts des cours de musique sont souvent élevés dans la capitale, sans oublier les prix des instruments de musique. Quant à Patrice Ralitera, il ne partage les partitions que durant les cours. D’où le dilemme de la vulgarisation. « Je ne trouve pas de réponse à cela, pour le moment ; personnellement, je transmets petit à petit à mes petits-enfants », livre Ravelomanana Ravelosaona. Le cercle familial et le milieu réservé de l’apprentissage deviennent les seuls lieux de confiance. Le constat est amer : la pauvreté du pays a réussi à toucher un secteur où la créativité prime.

Maminirina Rado 

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