Dans son communiqué publié au mois de mars dernier, le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine a exhorté tous les acteurs à organiser un processus de concertation nationale dans un esprit d’inclusivité, de pluralisme et de transparence.
C’est désormais officiel
Le Conseil œcuménique des Églises chrétiennes de Madagascar (FFKM) va diriger la concertation nationale. Les 4 Chefs d’Eglises ont été mandatés par le Président de la Refondation de la République de Madagascar pour le faire. Ils auront ainsi la lourde tâche de diriger le pays vers un processus de sortie de crise neutre, équitable, apaisé et véritablement inclusif. S’agissant de concertation nationale, une question vient tout de suite dans la tête. Quid de la participation des mandataires de l’ancien régime qui sont en prison ? Est-ce que l’ex-président Andry Rajoelina sera autorisé à y participer ? Interviewé sur cette question en marge du culte qui s’est tenu à Ankadikely Ilafy, les Chefs d’Eglises n’ont pas voulu répondre. En effet, c’est encore trop tôt pour se prononcer là-dessus.
Crédibilité
Nul n’ignore que ce sera difficile de trouver un consensus à propos des forces politiques et organisations qui vont être autorisées à participer au processus. On sait portant que la crédibilité de la concertation nationale dépend surtout de la capacité des Chefs d’Eglises à regrouper tous les protagonistes de la crise autour d’une table pour assurer un dialogue véritablement consensuel et inclusif. Ce qui constitue une mission quasiment impossible, selon les observateurs. Car pour l’heure, les tenants du pouvoir de la refondation cherchent, à tout prix, à écarter tous ceux qu’ils qualifient de Forongony (ndlr : tous les partisans de l’ancien régime et ceux qui ont travaillé avec Andry Rajoelina). Nul n’ignore pourtant qu’avec l’exclusion d’un clan considéré comme l’un des principaux protagonistes de la dernière crise ayant secoué le pays, constituerait une grave erreur de casting qui pourrait nuire à la crédibilité aussi bien des organisateurs que du processus en soi.
Opposition parlementaire
Pour le moment, moins de 10 jours avant le coup d’envoi de la concertation nationale, des mandataires de l’ancien président Andry Rajoelina sont encore en prison. Pour ne citer que l’ancienne ministre de l’Education nationale et non moins députée élue à Fianarantsoa I, Sahondrarimalala Marie Michelle, et Rinah Rakotomanga, ancienne Directrice de la Communication à la Présidence. Toutes les deux étaient les dernières personnalités à oser manifester publiquement pour exprimer leur soutien au régime Volomboasary. La première est incarcérée dans la maison centrale d’Avaradrano depuis le 19 janvier dernier, tandis que la seconde se trouve dans la prison manarapenitra de Manjakandriana où elle a été transférée depuis le 4 février, après avoir passé 3 mois à Antanimora. Depuis leur incarcération, seul le 7e Vice-président de l’Assemblée nationale, Milavonjy Philobert se tient debout pour jouer le rôle d’une opposition parlementaire.
Cavale
Actuellement, on compte un peu moins d’une dizaine de personnalités proches d’Andry Rajoelina qui séjournent en prison. Pour ne citer que le Général Richard Ravalomanana, ancien président du Sénat, Valery Ramonjavelo, ministre des Transports et de la Météorologie, Vyvato Rakotovao, ancien Gouverneur de la Région Vakinankaratra, le député du Ve Arrondissement Naivo Raholdina qui vient d’être placé sous mandat de dépôt à la prison d’Imerintsiatosika hier avec Jean Nirina Rafanomezantsoa, président du Fokontany Anosizato-Est qui lui, est sous MD à Antanimora. Tout comme Paul Rabary, membre de l’UPAR et de l’ARMADA, incarcéré à Antanimora aussi depuis la semaine dernière. A relever aussi l’existence d’autres grandes figures de l’ancien régime qui sont sous le coup d’une poursuite judiciaire et ont choisi la cavale pour éviter l’emprisonnement. C’est le cas notamment du député de Tana I Augustin Andriamananoro. Certainement, leur cas sera au centre des discussions avant, et pendant la concertation nationale. Dans son communiqué publié au mois de mars dernier, le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine a exhorté tous les acteurs à organiser un processus de concertation nationale dans un esprit d’inclusivité, de pluralisme et de transparence. Le CPS exige aussi la libération sans condition de tous les détenus politiques. Reste à savoir si ces recommandations vont être prises en considération pendant la concertation organisée par le FFKM.
Davis R




