
Après avoir saisi la HCC, le député élu à Arivonimamo et non moins leader du parti FIVOI, Antoine Rajerison, se trouve dans le collimateur du fisc.
C’est une règle non écrite, mais immuable, de la politique malgache : les voix discordantes finissent toujours par payer l’addition. Parfois au sens propre. Le député d’Arivonimamo, Antoine Rajerison, vient d’en faire l’amère expérience. Joint par nos soins, l’élu n’a pas caché son indignation face à « un contrôle fiscal qu’il qualifie sans détour de mesure de rétorsion politique ». Il faut dire que le calendrier a de quoi interpeller les esprits les plus cartésiens. Cette soudaine inspection de l’administration financière s’est invitée dans son agenda quelques jours à peine après son coup d’éclat à Ambohidahy. Le parlementaire avait en effet déposé une série de plaintes devant la Haute Cour constitutionnelle (HCC), pointant du doigt des actes illégaux qu’il attribue au régime actuel.
Intimidation
Pour Antoine Rajerison, la coïncidence n’existe pas en politique. Ce contrôle fiscal n’a rien d’une simple vérification de routine des services des impôts. C’est, selon lui, une tentative de musellement en bonne et due forme. « On instrumentalise le ministère des Finances pour exercer des pressions », lâche-t-il, déplorant au passage le retour des vieilles méthodes d’intimidation. Pour l’élu, le constat est global : les structures de l’État seraient aujourd’hui détournées pour faire taire ceux qui refusent de s’aligner. Et la panoplie est large, allant des fermetures d’entreprises aux arrestations ciblées, en passant par la fabrication de dossiers de toutes pièces. Une dérive autoritaire qui, prévient-il, ne fera qu’accentuer le fossé de méfiance entre les citoyens et les tenants du pouvoir.
Silence prudent
Sentant venir l’accusation facile de trahison ou d’opportunisme, le député d’Arivonimamo recadre immédiatement le débat. Sa démarche n’est pas dictée par la rancœur personnelle, mais par une stricte fidélité aux engagements pris devant le peuple. « Si nous montons au créneau, c’est parce que les attentes de la base n’ont pas encore été satisfaites », rappelle-t-il avec force. Pour lui, saisir la HCC était un acte de salubrité publique, une soupape indispensable pour désamorcer la colère populaire et éviter de nouveaux affrontements sur le terrain. « Il n’y a aucune haine, nous restons debout pour la patrie », martèle-t-il. Ce nouveau bras de fer remet au centre du jeu la question cruciale de l’indépendance des institutions de contrôle. Sont-elles de simples outils d’ajustement politique ? Du côté d’Anosy comme d’Ambohidahy, on préfère, pour l’instant, se murer dans un silence prudent. Reste à savoir si les requêtes du député seront examinées au fond ou si elles finiront dans les tiroirs de l’oubli, alors que le thermomètre politique continue de grimper à l’approche des grandes échéances. Une affaire à suivre.
Julien R.


