
Le nom de Madagascar se retrouve, encore une fois, au cœur d’un dossier international lié au contournement des sanctions.
Le pavillon malgache se retrouve une nouvelle fois associé à une affaire de contournement des sanctions internationales. Cette fois, il ne s’agit pas d’avions, mais d’un pétrolier transportant du pétrole russe. Le navire Tagor, soupçonné d’appartenir à la « flotte fantôme » utilisée par Moscou pour poursuivre ses exportations malgré les sanctions occidentales, a été intercepté dimanche dans l’Atlantique par la Marine française, avec l’appui du Royaume-Uni. Une opération qui relance les interrogations sur l’utilisation frauduleuse de l’immatriculation malgache. L’affaire a pris une dimension internationale après la publication d’un message du président français Emmanuel Macron sur le réseau social X.
Le chef de l’État français a annoncé que la Marine nationale avait arraisonné « un nouveau pétrolier sous sanctions internationales en provenance de Russie : le Tagor ». Selon lui, l’opération a été menée en haute mer, dans le strict respect du droit international, avec le soutien de plusieurs partenaires, dont le Royaume-Uni. Dans son message, Emmanuel Macron a dénoncé les navires qui « contournent les sanctions internationales, violent le droit de la mer et financent la guerre que mène la Russie contre l’Ukraine depuis plus de quatre ans ». Il a également souligné les risques environnementaux et sécuritaires représentés par ces bâtiments naviguant souvent en marge des règles maritimes internationales. Selon les données de suivi maritime consultées par plusieurs médias internationaux, le Tagor est un pétrolier de brut construit en 2005, long de plus de 250 mètres, identifié sous le numéro IMO 9282481.
Faux documents. Jusqu’à récemment, il apparaissait sous pavillon malgache avec le MMSI 647 260 300. Les bases de données spécialisées le présentaient encore ces derniers jours comme un navire battant pavillon de Madagascar. Mais à Antananarivo, la réaction a été immédiate. L’Agence portuaire maritime et fluviale (APMF) a fermement démenti toute immatriculation officielle du pétrolier. L’autorité de surveillance maritime malgache affirme que le navire ne figure pas dans le registre national et évoque une affaire de falsification documentaire, ainsi que l’usage de faux documents pour arborer frauduleusement le pavillon malgache. Les informations publiées lundi par Reuters et d’autres médias internationaux renforcent cette thèse.
Les autorités maritimes françaises ont indiqué que le contrôle des documents du navire avait confirmé des irrégularités concernant le pavillon utilisé par le Tagor. Les enquêteurs soupçonnent le bâtiment d’avoir navigué sous un faux pavillon afin de dissimuler sa véritable identité et d’échapper aux sanctions visant les exportations pétrolières russes. L’affaire est d’autant plus sensible que le Tagor figure déjà sur plusieurs listes de sanctions occidentales. La presse internationale rapporte également que le pétrolier avait quitté le port russe de Mourmansk avant son interception à plus de 700 kilomètres des côtes bretonnes.
Enquête judiciaire. Les autorités françaises considèrent le navire comme faisant partie de la « shadow fleet », ou flotte fantôme, un réseau de centaines de pétroliers vieillissants accusés d’utiliser des changements fréquents de pavillon, des sociétés-écrans et, parfois, des documents falsifiés pour poursuivre le commerce du pétrole russe malgré les sanctions occidentales. Au moment de son interception, les autorités françaises soupçonnaient déjà l’utilisation d’un faux pavillon. Une enquête judiciaire a été ouverte en France pour déterminer les responsabilités liées à ces irrégularités.
À Madagascar, cette affaire rappelle inévitablement un précédent embarrassant. En 2024 et 2025, des Boeing 777 destinés à l’Iran avaient été au centre d’une controverse internationale après avoir obtenu des immatriculations provisoires malgaches avant leur transfert vers la République islamique, alors soumise à diverses sanctions internationales. Cette affaire avait suscité de nombreuses interrogations sur les mécanismes de contrôle des immatriculations accordées au nom de Madagascar. Deux dossiers différents, mais un même schéma : l’utilisation du nom et du pavillon malgaches dans des opérations internationales sensibles impliquant des entités sous sanctions. Avec le dossier Tagor, les autorités malgaches se retrouvent une nouvelle fois contraintes de défendre la crédibilité de leurs registres face à des soupçons de fraude qui dépassent largement les frontières de la Grande île.
Rija R.


