
La sortie médiatique de la ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo, fait réagir : le président du SMM, Mbitanarivo Andriantsihorisoa, dénonce une faute lourde et une atteinte à leur indépendance.
La tension reste réelle entre la Haute Cour constitutionnelle (HCC) et le ministère de la Justice. Face à ce qui s’apparente à une crise institutionnelle ouverte, le Syndicat des magistrats de Madagascar (SMM), à travers son président, Mbitanarivo Andriantsihorisoa, est sorti de son silence pour dénoncer une atteinte grave à l’indépendance de la magistrature. Au cœur de la tempête : des poursuites engagées contre quatre membres de la haute juridiction et la fuite inédite d’un délibéré. Pour le syndicat, le constat est sans appel. « L’indépendance des magistrats dans l’exercice de leurs fonctions est bafouée », a-t-il souligné.
Intimidation directe. Cette affaire, qui trouve son origine dans une plainte du député Antoine Rajerison concernant le président de la Refondation de la République de Madagascar, a rapidement pris une tournure politico-judiciaire explosive. Le SMM voit dans les poursuites visant les quatre juges constitutionnels une tentative d’intimidation directe de magistrats en charge de dossiers hautement sensibles. « Un magistrat ne peut rendre la justice s’il craint pour sa liberté », prévient le président du syndicat. Une telle dérive ne fragilise pas seulement les personnes visées, mais ébranle tout l’édifice judiciaire malgache.
Faute lourde. L’autre point de crispation majeure réside dans la divulgation d’un délibéré au sein même de la HCC. Le patron du SMM n’y va pas par quatre chemins et qualifie cet acte de « faute lourde », en totale violation du serment prêté par les magistrats. Cette violation du secret jette le discrédit sur l’institution, alimentant les soupçons d’une justice constitutionnelle instrumentalisée. Qui avait intérêt à orchestrer cette fuite avant la publication officielle ? La question reste entière, mais le mal est fait. Au-delà du cas de la HCC, le SMM lance un rappel à l’ordre ferme à l’endroit de l’exécutif et du ministère de tutelle, exigeant le respect strict de la séparation des pouvoirs. Lorsque la frontière entre droit et politique devient floue, c’est la crédibilité de la justice malgache qui vacille. Le syndicat exige désormais des explications claires sur les poursuites en cours et des sanctions exemplaires contre les auteurs de la fuite. Reste à savoir si le ministère de la Justice choisira la voie de l’apaisement ou de l’affrontement. Une chose est sûre : le SMM a décidé de ne plus rien laisser passer.
Julien R.


