
Ce qui fascine dans les discours des partisans du fédéralisme, c’est cette analogie avec des nations qui ont construit leur identité au cours des âges. On mentionne souvent les États-Unis, le Canada, la Russie, la Suisse et l’Australie à titre d’exemples lors des rencontres et des « fikaonan-doha ». Il s’agit constamment de modèles provenant de l’étranger.
Par-delà le canal de Mozambique, deux grandes puissances, le Nigeria et l’Éthiopie, ont respectivement mis en place le système fédéral en 1963 et 1995. Évidemment, ces dates parlent d’elles-mêmes : c’est assez récent.
Quoiqu’il en soit, il est incontestable que ces nations ont eu une trajectoire plutôt chaotique. « Même si le fédéralisme au Nigeria et en Éthiopie cherche à représenter la diversité culturelle, la mise en œuvre de ces dispositifs s’avère compliquée ». Certains reporters et analystes internationaux affirment que la difficulté de gérer les conflits entre les identités locales et l’unité nationale reste un enjeu crucial pour la stabilité de ces deux pays. Toutefois, une observation directe sur le terrain est nécessaire pour saisir les vérités de la situation…
#Blessures du passé ?
L’histoire de Madagascar avant la colonisation, malgré les différents points de vue parmi les spécialistes malgaches, témoigne de l’existence de liens entre les divers royaumes et monarchies. Le pays était constitué de diverses monarchies et de dispositions sociales qui ne s’accordaient pas forcément sur le même récit historique. Pour établir une structure politique, il est préférable de retracer l’histoire sans s’attacher à un seul épisode du passé. En outre, le passé n’a jamais été avantageux pour tous. « Si nous nous accrochons strictement au passé, un consensus nous demeurera inaccessible. Des groupes humains évoqueront les XVIIe et XVIIIe siècles, tandis que d’autres feront référence aux discours de leurs souverains défaits au XIXe siècle », affirme Igor Andriamahatana, historien doctorant. On dirait qu’un mur épais divise la perspective de ce dernier de celle des fédéralistes « ressentimentaires ». Le rôle d’Andriamahatana consiste à examiner les époques historiques sans critiquer ni condamner les actes des figures d’antan, étant donné que leurs décisions reflétaient les circonstances dans lesquelles elles se trouvaient. En revanche, les fervents de la « décentralisation poussée » semblent, dans une certaine mesure, ancrés dans le passé. Cela n’a aucune importance si l’on les appelle conférences, réunions, rassemblements, concertations ou assises : celles-ci ont été mises en place tant dans la capitale que dans les villes et districts pour établir cette architecture gouvernementale. Peu de considération a été accordée aux suggestions formulées. Assurément, une partie de la population n’est pas en accord.
Est-il vraiment nécessaire de réitérer que la culture est le fondement d’une nation ? Durant les symposiums, on aborde rarement les aspects culturels, les valeurs et les pratiques de vie, à moins d’une façon très réservée. Or, les discours insistent souvent sur le fait que « la diversité est une richesse ».
#Unité nationale, un défi
Les Malgaches pleins d’espoir font souvent remarquer : « nous avons cette chance, dans plusieurs pays d’Afrique, ce sont les langues des colonisateurs qui sont utilisées pour se faire comprendre. Nous possédons un malagasy officiel qui est reconnu dans toutes les régions. » Mais l’énoncé peut parfois sembler utopique quand une élite betsileo, par exemple, arrive dans un lieu isolé de la campagne antankarana, à Vohémar, où une partie des habitants peine à parler même le malagasy ofisialy et le français. Dans ce contexte, les modes de gouvernance se fondent principalement sur les coutumes locales. On peut légitimement s’interroger sur le fait qu’une grande autorité fédérale n’influence pas secrètement les dirigeants malgaches pour les pousser à abandonner le modèle unitaire de la France.
Assurément, l’Hexagone a séduit le pays pendant une période de 131 ans. Toutefois, l’influence d’un autre État puissant ne modifierait pas de manière significative l’état des choses. Il est important de rester vigilant. Bien entendu, les puissances étrangères n’aspirent qu’à servir leurs propres intérêts. Le but de conquête, autrefois poursuivi par les ancêtres malgaches depuis des temps immémoriaux, est toujours au centre des aspirations de certains vazaha de l’extérieur. Malgré le passage du temps, l’esprit de conquête reste apparemment une constante de l’histoire humaine, même si les périodes et les moyens connaissent une évolution.
Iss Heridiny




