Le sculpteur suisse Mathias Kaspar, de passage sur la Terre malgache, poursuit son projet artistique et gastronomique original autour du chocolat.
Lors de son premier séjour à Madagascar en 2024, il a lancé la recréation de la « Colonne sans fin », l’œuvre majeure de la modernité de Constantin Brâncuși, qui traite de la répétition, de la verticalité et de l’infini, en utilisant le chocolat comme matériau d’art. « Je suis particulièrement intéressé par les fèves de cacao produites à Sambirano, dans la partie nord de la Grande île. Elles ont un goût exceptionnel, car les plantations de cacaoyers se trouvent au cœur d’une forêt abritant des espèces floristiques endémiques du pays. Le cacao constitue ainsi la base matérielle de notre projet. La réflexion autour de ce matériau nous a conduits vers les producteurs locaux. En effet, ce produit agricole phare du pays entretient une relation directe avec le sol, le climat, la végétation et le travail humain », a expliqué Mathias Kaspar, sculpteur et fondateur de l’association Colonne Sans Fin, lors d’une récente rencontre avec la presse.
Produit régional
La Suisse a déjà tissé des liens étroits avec Madagascar pour le développement de cette filière porteuse. Une entreprise suisse, spécialisée dans la transformation de cette matière première en vue de l’exportation, s’est notamment implantée à Sambirano. De son côté, Mathias Kaspar travaille en étroite collaboration avec l’école de chocolaterie Edenia. « Nous allons développer ensemble un produit régional baptisé « Tohy tsy misy farany » (traduction de « Colonne sans fin »). Il s’agit d’une sculpture en chocolat conçue comme une apparition temporaire et cyclique dans l’espace public. Sa signification s’est transformée au fil du temps, profondément influencée par le souffle de la ville, les rythmes de la vie quotidienne des habitants d’Antananarivo et les gestes rituels répétitifs de nombreuses activités », a-t-il poursuivi.
Concept original
Pour Mathias Kaspar, l’acheteur idéal de « Tohy tsy misy farany » n’est pas un simple consommateur de chocolat, mais un « porteur d’idée de circulation », capable d’emmener les gens dans des lieux imprévus. « Ce concept original, qui se construit, se dissout puis se reconstruit, met en scène la respiration de tous les êtres vivants et la connexion entre le ciel et la terre, sans oublier le plaisir de partager pour déguster. Notre projet s’intéresse également aux relations formelles et symboliques entre la Colonne sans fin et certaines formes sculpturales verticales de Madagascar, notamment le « Aloalo » que l’on trouve dans le sud du pays », précise-t-il.
Synergie de talents
L’objectif commun de toutes les parties prenantes reste la valorisation de la filière cacao, qui fait la renommée internationale de la Grande Île. Pour mener à bien cette initiative, l’association Colonne Sans Fin s’est entourée de talents locaux multidisciplinaires, tels que le chef chocolatier Rajo, de l’école Edenia, Ruffin, un ferrailleur talentueux basé dans le quartier d’Ampasapito, reconnu pour ses créations de tours Eiffel miniatures à partir de métaux de récupération et de fers à béton, et Rakoto Frah Junior, artiste de renom qui apporte la dimension musicale et culturelle au projet.
Navalona R.


