- Publicité -
mercredi, septembre 9, 2026
- Publicité -
AccueilEconomieExploitation de Tsimiroro : « Le soutien de l’État malgache est crucial...

Exploitation de Tsimiroro : « Le soutien de l’État malgache est crucial »

Yanto Sianipar, Administrateur général  de Madagascar Oil.

Yanto Sianipar dirige Madagascar Oil depuis janvier dernier. Sa mission : relancer la production d’huile lourde de Tsimiroro, le seul projet pétrolier amont à avoir atteint le stade de la production à Madagascar. Ancien de Chevron, vétéran du champ de Duri — une grosse exploitation d’huile lourde en Indonésie — et fort de plus de trente ans de métier, il répond à nos questions.

Midi Madagasikara : Après dix ans d’arrêt, quels sont les principaux défis techniques de cette relance ?

Yanto Sianipar : Tout l’enjeu consiste à relancer le champ de manière maîtrisée et techniquement rigoureuse. Concrètement, il s’agit de remettre progressivement en service les puits existants, de moderniser les installations d’injection de vapeur et de production, et de programmer la prochaine phase de forage en fonction des performances opérationnelles.

Mon rôle, à la tête de Madagascar Oil, est précisément de piloter cette relance. Nous avons réuni une équipe d’exploitation aguerrie à l’huile lourde, dont plusieurs membres ont travaillé sur le champ de Duri, en Indonésie, l’une des plus grandes exploitations d’huile lourde par injection de vapeur au monde. L’essentiel du processus repose sur un transfert structuré du savoir-faire technique vers les professionnels malgaches, conjugué à une exécution rigoureuse et à une gestion opérationnelle prudente.

Mais les défis ne sont pas seulement techniques. Un investissement de cette taille a besoin de stabilité, à tous les niveaux. De même, l’application effective de certaines dispositions du Code pétrolier faciliterait grandement la poursuite du développement de Tsimiroro.

Certains s’interrogent sur la crédibilité de la relance actuelle et sur votre capacité à la financer…

La relance est bien réelle et opérationnelle. Et elle repose sur une exécution rigoureuse. Cette relance et la première phase d’extension sont financées par les actionnaires et par les ressources propres de la compagnie. Je voudrais souligner que cette relance s’appuie sur une solide capacité organisationnelle, une approche opérationnelle et technologique prudente, avec pour objectif d’inscrire Tsimiroro dans la stabilité et le développement durables.

Je rappelle aussi que les actionnaires de Madagascar Oil ont déjà investi près de 800 millions de dollars à ce jour. Leur engagement est clairement tourné vers le développement de Tsimiroro et vers la reproduction, à Madagascar, de ce qu’ils ont réussi en Californie, en Azerbaïdjan et au Kazakhstan.

MM. : Quel montant faut-il prévoir pour cette relance de la production, puis pour la montée en puissance des deux prochaines années ?

YS. : Le programme de cette année a déjà été soumis à l’OMNIS, conformément aux exigences de la législation. Comme le veut la procédure, les chiffres définitifs seront publiés une fois l’examen et l’approbation des autorités achevés. Ce que l’on peut déjà dire, c’est que la relance et le développement initial de Tsimiroro avancent selon une stratégie de déploiement progressif et maîtrisé des capitaux.

Encore une fois, cette première phase est financée par les actionnaires et les ressources propres de la compagnie, avec une priorité claire : une exécution maîtrisée, la modernisation des installations et une montée en puissance progressive de la production.

MM. : Supposons que cette relance soit réelle, quelle sera l’étape suivante au-delà des 24 mois annoncés ?

YS. : L’objectif actuel est d’achever la première phase d’expansion en portant progressivement la production à environ 3 000 barils par jour, tout en remettant en service les puits existants, en forant de nouveaux puits et en modernisant les installations d’injection de vapeur et de production.

Au-delà de cette première phase, l’ambition est un développement à long terme, structuré et durable de cet actif que nous savons stratégique pour Madagascar. La phase qui suivra les 24 mois annoncés sera la poursuite du développement industriel du champ, selon un modèle progressif.

Vous savez, le développement de Tsimiroro est caractéristique des investissements pétroliers : très capitalistique et inscrit dans la durée, il exige autant de stabilité que de mesures de facilitation. À cet égard, le soutien de l’État malgache est crucial.

MM. : Les objectifs de production annoncés sont bien inférieurs à ceux du plan de 2015. Comment l’expliquez-vous ?

YS. : Le rythme actuel est volontairement prudent et réaliste, adapté au contexte d’exploitation d’aujourd’hui. Un projet de cette ampleur exige de la stabilité, l’accès à des financements importants et des conditions de marché favorables. Or, ces quinze dernières années, Tsimiroro a traversé de fortes incertitudes, de longues périodes de prix très bas et les bouleversements mondiaux liés à la Covid-19.

Voilà pourquoi nous avançons avec une relance progressive et soigneusement maîtrisée. La production initiale issue des puits remis en service sera suivie d’une expansion par étapes à mesure que de nouveaux puits entreront en service. L’objectif est de bâtir une base solide pour durer.

MM. : Comment expliquer dix ans de retard, sinon par l’absence de financement bancaire et les doutes sur la crédibilité des actionnaires ?

YS. : Le calendrier de la relance est lié étroitement aux réalités du développement de l’huile lourde à grande échelle. Au cours de la dernière décennie, le secteur pétrolier et gazier a connu une forte volatilité, avec notamment de longues périodes de prix très bas — parfois autour de 20 à 24 dollars le baril — sans oublier les perturbations provoquées par la pandémie de Covid-19. À de tels niveaux de prix, les projets d’huile lourde ne sont pas économiquement viables.

Avec l’amélioration des fondamentaux du marché, la validation technique de l’approche par injection de vapeur et une structure financière renforcée à la suite de la restructuration de 2024, Madagascar Oil est aujourd’hui en mesure d’engager, en cette année 2026, une relance structurée.

MM. : Le propriétaire actuel de Madagascar Oil est-il le même qu’en 2016 ?

YS. : Vous faites référence à Benchmark Group, n’est-ce pas ? En effet, Madagascar Oil est opérée par Benchmark Group, une compagnie internationale détenue par des actionnaires américains et indonésiens, qui a une vision d’investissement sur le long terme et est dotée d’une grosse expérience et d’une expertise reconnue dans le développement de l’huile lourde.

Benchmark Group est présent dans Madagascar Oil depuis plus de dix ans et a déjà investi plus de 800 millions de dollars dans l’exploration, les infrastructures et la production sur cette période.

Il est bon de savoir que, dans le passé, il a entrepris des projets de ce genre au Kazakhstan, en Azerbaïdjan et en Californie, pour une valeur cumulée de plus de 4 milliards de dollars. Tsimiroro constitue son quatrième grand projet. Pour Benchmark Group, ce projet se comprend avant tout à travers son bilan technique, son engagement financier de long terme et sa capacité d’exécution opérationnelle.

MM. : Quel sera l’impact concret de cette relance pour le pays, notamment sur les coûts de l’énergie et les recettes de l’État ?

YS. : L’impact se mesurera surtout sur deux plans. D’abord, la sécurité énergétique : davantage de fioul lourd produit localement, à un coût compétitif, donc moins d’importations et moins de pression sur les réserves de devises du pays.

Nous livrons d’ailleurs déjà à des industriels dans plusieurs régions de Madagascar depuis juillet 2022.

Ensuite, les recettes publiques : sur toute la durée de vie du projet, et selon les performances de production et les conditions de marché, l’État malgache pourrait percevoir de l’ordre de 10 milliards de dollars.

MM. : Pensez-vous pouvoir couvrir les besoins de la Jirama en fioul lourd ? Et quand, de façon réaliste ?

YS. : es besoins actuels de la Jirama en fioul lourd pour la production d’électricité sont estimés à environ 4 000 barils par jour. Le plan actuel de Madagascar Oil prévoit d’atteindre progressivement quelque 3 000 barils par jour dans 24 mois environ.

À ce niveau, Tsimiroro serait en mesure de couvrir une part substantielle de la demande actuelle de la Jirama, tout en posant les bases d’un approvisionnement national plus solide dans le temps. L’objectif est d’apporter une contribution toujours plus significative à la sécurité énergétique nationale.

MM. : Au-delà de l’exploitation elle-même, la réhabilitation de la RN1Bis est essentielle. Comptez-vous financer cette réhabilitation ?

YS. : a RN1Bis est essentielle à la réussite de Tsimiroro : elle permet d’acheminer vers les utilisateurs les volumes de fioul lourd évoqués, mais aussi de faciliter plus largement la circulation des biens et des personnes.

Dans l’immédiat, nous contribuons déjà au traitement de 34 points noirs entre Tsimiroro et Tsiroanomandidy à l’aide de nos propres engins. Nous sommes également prêts à participer aux travaux de terrassement et de nivellement des plateformes dès que l’État malgache lancera les grands travaux de réhabilitation.

Nous saluons d’ailleurs l’annonce récente du président de la Refondation sur la mobilisation de l’Armée pour les premiers travaux.

MM. : Quels obstacles pourraient freiner la dynamique de développement actuelle à Tsimiroro ?

YS. : Les investissements pétroliers comptent parmi les plus capitalistiques qui soient et exigent, à ce titre, une stabilité de long terme. L’histoire de Madagascar Oil l’illustre clairement, même si beaucoup ne s’en sont peut-être pas rendu compte : les turbulences de cette période ont fini par conduire au retrait de la compagnie de la Bourse de Londres et, plus récemment, par éloigner des banques qui étaient pourtant prêtes à financer le développement de Tsimiroro.

Par ailleurs, ce caractère très capitalistique de l’investissement pétrolier rend les mesures incitatives soutenues par l’État particulièrement importantes pour un projet de cette nature. Nous serions reconnaissants que les dispositions existantes en la matière soient effectivement appliquées.

MM. : Quel rôle Madagascar Oil peut-elle jouer pour faciliter les relations avec l’Indonésie ?

YS. Le gouvernement indonésien considère Madagascar Oil comme une pierre angulaire des relations bilatérales. Depuis 2014, la compagnie joue un rôle de catalyseur diplomatique, du partage de cinquante ans d’expérience indonésienne en matière de politique pétrolière avec vos ministères, jusqu’à la facilitation des échanges avec PT Pertamina [ndlr, la compagnie nationale indonésienne d’énergie].

Par ailleurs, cet engagement se mesure avant tout à travers nos équipes. Par l’intermédiaire de Madagascar Oil, l’Université Trisakti, en Indonésie, s’est associée à l’Ecole Polytechnique d’Antananarivo afin que les ingénieurs malgaches de demain soient formés aux meilleurs standards internationaux. Aujourd’hui, onze spécialistes indonésiens, anciens de la célèbre exploitation de Duri, sont présents à Tsimiroro et apportent plus de 300 années d’expérience cumulée pour accompagner les professionnels locaux.

MM. : Vous venez d’arriver à Madagascar. Quelles sont vos premières impressions ?

YS. Les gens s’adressent toujours à moi en malgache ! Malheureusement, je ne parle pas encore la langue, j’espère vivement y parvenir un jour. En tant qu’Indonésien, j’ai l’agréable sentiment d’évoluer dans un environnement très proche de celui de mon pays, pour les raisons évidentes que chacun connaît. Je relève d’ailleurs avec plaisir les similitudes entre nos langues, par exemple vato et bato.

Avant d’arriver ici, on m’avait souvent parlé de l’hospitalité malgache. Je dois dire que c’est une réalité que je vis chaque jour.

Propos recueillis par R.Edmond.

- Publicité -
- Publicité -
Suivez nous
502,213FansJ'aime
22,466SuiveursSuivre
8,516SuiveursSuivre
2,891AbonnésS'abonner
Articles qui pourraient vous intéresser

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici