
La Compagnie nationale d’eau et d’électricité célèbre cette année son 50e anniversaire. L’heure est désormais au bilan et à la remise en question.
Le retour à l’anormal
Huit mois exactement après l’accession au pouvoir du régime de refondation, le délestage et les coupures d’électricité font leur retour en force au niveau du Réseau interconnecté d’Antananarivo. La célébration du 50e anniversaire de la Compagnie nationale d’eau et d’électricité de Madagascar (JIRAMA) risque ainsi d’être perturbée par le come-back de ce fléau qui était à l’origine du soulèvement des Gen Z contre le régime Rajoelina. Pas plus tard que lundi dernier, la page Facebook de la Jirama a repris les publications annonçant la liste des quartiers concernés par le délestage tournant. Aucune zone ni quartier n’est épargné au niveau de la capitale, pour ne citer que les localités situées dans l’Atsimondrano, dont Andoharanofotsy et Iavoloha, ou encore Itaosy et ses environs, Ivato, tout l’Avaradrano, mais aussi et surtout Analakely, Ankorondrano et tous les quartiers du centre-ville.
Anomalies techniques
La communication de la Jirama explique l’origine des coupures par une anomalie technique survenue au niveau du générateur G2 de la centrale hydroélectrique d’Andekaleka, entraînant un déficit de production de l’électricité distribuée sur le Réseau interconnecté d’Antananarivo. Officiellement, la durée des coupures annoncée est de 8 heures. Pourtant, rien que durant la journée de lundi, plusieurs quartiers de la capitale ont subi des coupures à répétition qui ont perduré jusqu’à tard dans la nuit. A l’exemple du quartier d’Ambohimanarina, qui a subi des coupures à cinq reprises en une seule journée, dont la plus longue est survenue de 19 heures à 23h45, c’est-à-dire près de cinq heures d’affilée, ou enfin presque. Pile au moment où les Tananariviens s’apprêtaient à regarder le match opposant l’Espagne au Cap-Vert, l’un des représentants de l’Afrique à la Coupe du monde de football 2026. De plus, ce délestage perturbe le quotidien de la population, notamment en cette période d’examens officiels. Il va sans dire qu’il existe aussi des risques d’endommagement des appareils électroménagers.
Période d’étiage
Ce mois de juin marque le début de la période d’étiage. En effet, si l’on se réfère à la météo, la sécheresse ne fait que commencer. Le délestage risque donc de s’intensifier au fur et à mesure de l’évolution de la période hivernale. Récemment, la Jirama a déjà fait savoir son intention de recourir aux pluies provoquées. Reste à savoir si cela pourrait résoudre le problème. Au début, les tenants du pouvoir se sont engagés à apporter des solutions définitives aux coupures d’électricité. Sur le plan politique, nul n’ignore que le délestage représente un réel danger pour le régime de refondation, car il pourrait être à l’origine d’un soulèvement populaire, comme ce fut le cas durant le régime des Volomboasary. D’autant plus qu’au début de son mandat, le président de la Refondation de la République de Madagascar, le colonel Michaël Randrianirina, avait promis d’apporter des solutions immédiates et efficaces contre tous les problèmes quotidiens des Malagasy.
Dissonance cognitive
A chacune de ses interventions médiatiques, le locataire d’Iavoloha ne cesse de répéter que le délestage est désormais complètement résolu à Tana. Pourtant, les réalités sur le terrain semblent révéler une sorte de dissonance cognitive. En effet, en ce qui concerne les coupures d’électricité, un énorme décalage est constaté entre les perceptions des dirigeants et ce qui se passe réellement. En cette période de célébration du 50e anniversaire de la société Jiro sy Rano Malagasy, le régime devrait fournir plus d’efforts pour éviter un éventuel vote-sanction lors des prochaines échéances électorales. D’après les informations, une augmentation de 7 milliards d’ariary aurait été opérée au niveau du budget de la sécurité présidentielle. Depuis le début de semaine, cette décision alimente les débats au sein de l’opinion publique. Lors de sa prestation de serment, l’officier du CAPSAT avait promis une gouvernance sous le signe de l’austérité budgétaire. Bon nombre d’observateurs estiment qu’il aurait été plus judicieux d’attribuer cette somme colossale aux secteurs touchant directement la vie de la population, tels que l’énergie, l’éducation ou la santé.
Davis R




