
Après la rencontre, en avril dernier, entre le Premier ministre et le sous-secrétaire d’État américain Landau, deux proches diplomates hautement placés à Washington sont dans nos murs.
La présence à Antananarivo de deux hauts responsables américains spécialisés sur les affaires africaines confirme l’intérêt grandissant des États-Unis pour la Grande île, à un moment où la bataille mondiale pour le contrôle des minerais stratégiques s’intensifie. Derrière les discours diplomatiques sur le renforcement de la coopération bilatérale se dessine un objectif bien plus sensible. Il s’agit de sécuriser l’accès aux terres rares malgaches. Nick Checker, sous-secrétaire d’État adjoint chargé de l’Afrique, et Christopher Kulukundis, conseiller Afrique de Donald Trump, ont multiplié les rencontres de haut niveau hier dans la capitale. Reçus par le chef de l’État, Michael Randrianirina, puis rejoints par le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison, à Ambohitsorohitra, les deux émissaires ont également rencontré le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko. Officiellement, selon l’ambassade américaine, les discussions visaient à « identifier des opportunités concrètes pour élargir la coopération bilatérale dans des domaines d’intérêt commun » et à renforcer les relations entre les deux pays, notamment dans les secteurs du commerce, de l’investissement et du développement économique. Mais cette communication diplomatique laisse volontairement dans l’ombre les véritables enjeux de cette visite. Ces deux responsables figurent parmi les principaux artisans de la politique africaine de l’administration Trump et leurs déplacements sur le continent sont rares. Ils interviennent généralement lorsque les intérêts stratégiques américains sont directement en jeu.
Le précédent est révélateur
En février et mars derniers, Nick Checker avait effectué une tournée au Mali et au Niger, deux pays riches en ressources minières stratégiques, où Washington cherchait à reprendre pied face à la montée des influences concurrentes. En mai, il s’est rendu en Ouganda. Son arrivée à Madagascar s’inscrit donc dans une logique géopolitique plus large, notamment celle de la sécurisation des chaînes d’approvisionnement américaines en minerais critiques. Au cœur des préoccupations américaines figure le projet de terres rares de Vara Mada, dans la région de Toliara. Ce dossier semble constituer une priorité absolue pour Washington. Le 20 avril dernier, à Washington, le sous-secrétaire d’État Christopher Landau avait déjà reçu le Premier ministre malgache Mamitiana Rajaonarison afin de réaffirmer l’engagement américain à développer les échanges commerciaux et les investissements, « notamment en ce qui concerne la mine de terres rares de Vara Mada ». Selon le département d’État américain, les deux parties avaient alors discuté d’une coopération destinée à sécuriser les chaînes d’approvisionnement stratégiques des États-Unis tout en créant des emplois, des recettes fiscales et des infrastructures à Madagascar.
Guerre économique
Cette déclaration du département d’État américain montre clairement que les ressources minières malgaches occupent désormais une place dans la stratégie industrielle et sécuritaire américaine. Cette offensive diplomatique intervient alors que la concurrence internationale autour des minerais critiques ne cesse de s’intensifier. Les terres rares sont devenues indispensables à la fabrication des technologies de pointe, des batteries, des équipements militaires et de la transition énergétique. Dans cette nouvelle guerre économique mondiale, Madagascar apparaît comme un acteur convoité. La rencontre avec Siteny Randrianasoloniaiko revêt, dans ce contexte, une dimension particulière. Député de Toliara I, président de l’Assemblée nationale et connu pour son opposition au projet Vara Mada, il constitue un interlocuteur sur ce dossier sensible. Son positionnement, souvent présenté comme favorable à un rapprochement avec la Russie, ajoute une dimension géopolitique supplémentaire à cette visite.
Le déplacement des deux représentants américains à Tsimbazaza peut ainsi être interprété comme une tentative de dialogue avec un acteur politique capable d’influencer l’avenir d’un projet qui divise profondément l’opinion publique. Entre promesses de développement économique et inquiétudes environnementales et sociales, l’exploitation des terres rares continue de susciter de vives controverses dans le Sud du pays, sous l’impulsion de certains politiciens. Au-delà des communiqués officiels, cette visite traduit surtout la montée en puissance de Madagascar dans les calculs stratégiques des grandes puissances. La richesse de son sous-sol attire désormais les regards de Washington, qui cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis d’autres fournisseurs de minerais critiques.
Rija R.



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