
Soaline avait douze ans. Sa famille habitait à Mangarivotra Sud, un quartier populaire du grand port. Sa plus grande fierté cette année était sans doute d’avoir obtenu son Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE). Elle avait ainsi offert un beau cadeau à sa famille, à son père et à sa mère, des travailleurs modestes en apparence.
Puis, un soir, le 27 juin 2026, vers 19 heures, une balle lui a ôté la vie. Des bandits sont entrés chez eux et ont exigé une somme d’argent. La famille, qui vit dans une sorte de cabane rafistolée, probablement une des séquelles du dernier cyclone Gezani, s’est retrouvée acculée.
Insatisfaits de la réponse donnée par la famille, l’un des bandits, ou plusieurs d’entre eux, ont tiré sur Soaline.
Soaline avait douze ans. Elle habitait Mangarivotra Sud. Elle venait d’obtenir son CEPE. Et elle était Malgache.
Son père et sa mère sont Malgaches. Sa famille — oncles, tantes, cousines… — est sûrement malgache. Ses voisins sont Malgaches. Le chef « fokontany » est sûrement Malgache. Le maire d’arrondissement est Malgache. Le chef de la région Atsinanana est Malgache. Le chef de district est Malgache.
Ses amis à l’école, leur professeur, le gardien du portail… sont tous Malgaches. Les responsables de la sécurité à Toamasina sont Malgaches. Le ministre de la Sécurité publique, celui de la Gendarmerie, celui des Forces armées sont Malgaches. Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Fonction publique, le Premier ministre sont également Malgaches. Même le président de la République est Malgache.
Malgache comme la petite Soaline, 12 ans, de Mangarivotra Sud à Toamasina : une victime de plus de la précarité, de l’insécurité, du chômage…
Enfin, tuée d’une balle — un fait encore difficile à confirmer, mais fortement probable — par un autre Malgache.
Pendant ce temps, Madagascar ne dispose toujours pas d’une souveraineté énergétique, financière ou alimentaire.
Maminirina Rado





