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samedi, septembre 12, 2026
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Nirina Randriamandimby – Descendant direct de Rainisongomby : « Ce ne sont pas mes pieds qui foulent tes terres, ce sont les pattes de ce cheval-zébu »

Le tombeau d’Andriantsihanika, à Ambonga, devenu un lieu pour demander bénédiction et de pèlerinage. (crédit photo : Rangers Tsihaligno)

Les « Zanakantitra » furent les architectes de la résistance malgache et le socle organique du mouvement des « Menalamba ».

Du poids de leur héritage guerrier sous Radama Ier à leur stratégie politique face au joug colonial, Nirina Randriamandimby lève le voile sur deux personnages méconnus, ou poussés à être oubliés par l’histoire : Rainisongomby, l’aîné, et Ralaitangena, le cadet. Suite de l’interview du 24 juin 2026 dans les colonnes de Midi Madagasikara, la dernière partie sera publiée le 8 juillet 2026. 

Midi Madagasikara : Parlez-nous de Rainisongomby, son vrai nom étant Rainizafivoavy, et de son petit frère Ralaitangena.  

Nirina Randriamandimby : Deux petits-fils d’Andriantsihanika grandirent. L’un se nommait Voavy et l’autre Be, Bena plus exactement. Pour qu’ils acquièrent le précepte Zanakantitra — les hommes protègent le pays —, les deux ont été envoyés vers le sud, pour apprendre auprès d’Andrianjanaka. Ce dernier était un politicien et un spécialiste de la négociation. Au nord, il y avait par exemple Radimilahy, un homme fort de l’armée royale à cette époque. Si vous vous retrouvez un jour dans le territoire Zanakantitra, d’Ambohimiarina jusqu’à Faratsiho, Mandiavato, Ramainandro, Miarinarivo… vous pourrez apercevoir un relief, ou une image d’épervier, au portail des habitations. Ce sont des symboles généalogiques : faites les recoupements sur les familles qui y habitent et vous verrez que, chez leurs descendants, il y aura toujours un « bagarreur ». Le combat est dans leurs gènes. Pour en revenir à Voavy et Bena, ils étaient traités de voyous, de « bagarreurs dans les marchés ». En fait, parce qu’ils s’opposaient aux actions des régents à Anatirova. Voici un exemple : il y avait les « Andriamasinavalona » à l’époque, ces nobles qui étaient missionnées dans le royaume. Elles jouaient, en quelque sorte, le rôle de procureur de la République. Si l’une d’elles voulait éliminer un individu, elle fomentait des complots avec un complice. Celui-ci faisait l’accusation, une requête, contre la personne visée. Ensuite, devant le tribunal populaire, c’était au complice de boire en premier le tanguin. La procédure était que le « tribunal » l’avertissait d’abord : parce que tu l’as accusé et que, si tu as tort, tu vas mourir. S’il s’en sortait, le tribunal exécutait tout de suite l’accusé, sans qu’il passe l’épreuve du tanguin. Pour l’accusateur, la potion avait bien sûr été allégée pour qu’il survive. Les Zanakantitra ont alors eu vent de cette mise en scène. Durant un procès, Benà et sa troupe sont arrivés sur place. Il a tout de suite pris de force le tanguin que l’accusateur allait boire. Ensuite, il a invectivé l’assistance : « Regardez, cette potion est une supercherie. Est-ce que je suis mort ou non ? ». À partir de ce moment, son nom, Benà, a été délaissé au profit de « Ralaitangena », celui qui a bu le tanguin. Une tête brûlée. Ce qu’a mentionné le révérend Rasamuel est faux. Son surnom de Benahiana venait du fait qu’il ne voulait pas avoir d’épouse, à cause de son éducation politique. Il disait : « Comment puis-je prendre épouse, combien de gens dois-je protéger ? ». Il s’est assigné la mission de protéger ses contemporains, notamment les Zanakantitra, contre toute injustice, notamment celle du pouvoir royal. 

M.M : Et pour Rainisongomby…

N.R : Tout d’abord, je tiens à préciser : Rainizafivoavy, nom de Rainisongomby, a eu une descendance. Je suis l’aîné des descendants actuels. Donc, ils étaient les petits-fils d’Andriantsihanika, époux de Rabodovola. Quand Andrianampoinimerina et Andriantsihanika ont fait un traité de « non-agression », c’était « ok ». Alors, Andriantsihanika a demandé la main de la fille d’Andrianampoinimerina. Elle se nommait « Vavy », nom qui a ensuite été changé en « Rabodovolan’Andrianampoinimerina ». Cependant, les Zanakantitra se sont toujours positionnés : ne jamais prendre le pouvoir, « tsy hananika fitondrana », d’où Andriantsihanika, « le noble qui ne gravit pas (le trône) ». Andriantsihanika a exigé de ne pas être introduit parmi les « douze régnants » (roa amby ny folo manjaka). Il s’est aussi dégagé du rang des nobles. Tout cela est une stratégie politique pour être un contre-pouvoir. De plus, l’histoire l’a rappelé, il y a le problème de ses ancêtres Vazimba : Rafandrandava et Rafandrafohy. Le roi Andriamanelo était arrivé à la tête des « merina » ; les Vazimba étaient déjà établis avec leur connaissance et leur civilisation. Face à cela, Andriamanelo n’a pas supporté qu’en étant roi, ce soient les Vazimba qui en détiennent les « clés ». Le roi les a alors invités dans son palais, les a « drogués », puis il a subtilisé tous leurs secrets. Après, ils les ont massacrés. C’est aussi la raison pour laquelle les Vazimba se sont enfuis, se sont éparpillés. D’où le cliché selon lequel « les merina sont malins », que les Français ont déplacé en « merina contre côtier ». En fait, c’est « merina contre merina ». Les Vazimba, ancêtres des Zanakantitra, eux, sont restés. C’est l’une des raisons qui ont poussé Andriantsihanika à sortir du rang nobiliaire.

M.M : Rainisongomby, en tant qu’aîné, avait-il aussi cette intrépidité, voire de l’arrogance envers le royaume, qui caractérisait son jeune frère ?    

N.R : Passons à Rainisongomby, le frère de Ralaitangena. Les deux étaient frères. Ils étaient formés à la politique. En fait, son vrai nom est Rainizafivoavy. À cause de sa forte tête, les gens le sermonnaient souvent : « Ity koa tena songombin’olona ». Le « songomby » est considéré comme une bête en dessous du cochon, avec des oreilles plus marquées. D’un autre côté, durant leur jeunesse, avec toutes les imprudences qui vont avec, il montait les zébus, comme les « Blancs » montent les chevaux. Tant et si bien qu’il est venu dans la capitale pour narguer les militaires royaux. Bien qu’il soit interdit de venir à Antananarivo, il y allait quand même à dos de zébu, avec son frère et ses hommes. Il était arrivé jusqu’à Ambatonakanga, monté sur son animal. Quand les militaires royaux le voyaient, ils l’invectivaient : « Tes pieds sont interdits de fouler ces terres, pourquoi tu viens encore ? ». Il répondait simplement : « Ce ne sont pas mes pieds qui foulent tes terres, ce sont les pattes de ce cheval-zébu », Imaginez : être interdit de royaume et venir encore défier les autorités. Si vous voyagez sur nos terres, il y a, pour la plupart, notre « logo » sur les tombeaux : celui d’un homme qui monte un zébu. Autant Ralaitangena que Rainisongomby : ils étaient des politiciens tout autant que des guerriers. En cas de négociations, ils pouvaient soutenir leurs arguments. S’il fallait prendre les armes, ils étaient de féroces guerriers. En premier lieu, leur leadership venait de leur statut de nobles (Andriana lehibe) : leurs paroles avaient une légitimité totale pour le peuple. Celui-ci les considérait comme ayant reçu l’onction divine. Ils étaient aussi des orateurs hors pair. Tout cela, à cause de leur formation durant leur jeune âge. À seize ans, Ralaitangena prenait les armes et partait déjà en guerre. 

M.M : Donc, les « Menalamba » étaient en fait des Zanakantitra ?

N.R. :  Menalamba ont existé bien avant l’arrivée des colons, mais la situation tendait vers l’occupation. Ils la pressentaient déjà : « lasan’ny garamaso ity tany ity raha tsy miady isika ». Alors, les Menalamba ont commencé à convaincre les gouverneurs autour de Tananarive. Afin d’expliquer la stratégie, il fallait des moyens financiers si, un jour, l’affrontement contre les Français était inévitable. L’autorité royale était sens dessus dessous, parce que les éléments les plus aguerris ont déserté pour devenir des opposants. Comme certains nobles, au palais, étaient également de mèche avec les Français, l’objectif était alors de laisser entrer les Français, de les tenir en état de siège, après les avoir ramollis par la faim, et de prendre leurs armes. Les gouverneurs, comme Rabozaka, n’étaient pas vraiment emballés au début. Les craintes se sont plus tard confirmées. Les deux jeunes hommes ont pleinement atteint l’âge de la maturité : Ralaitangena avait vingt-six ans, tandis que Rainisongomby en avait trente-cinq. Les « Menalamba » ont alors « officiellement » vu le jour. Il a été décidé que les deux frères en seraient les meneurs. Il n’y avait pas de structure militaire, simplement parce qu’ils étaient légitimes aux yeux du peuple et possédaient un leadership cohérent. De manière simple, les Menalamba sont les Zanakantitra, qui étaient toujours soutenus par les rois, comme Toera, Andriamanalibenitany, Ratsitakonarivo, Rabakara, Ramasitrakarivo, Rakotobeniarivo…

M.M : Vous avez soulevé des déformations de l’histoire sur la période coloniale et les luttes de libération menées par les Malgaches : qu’en est-il du cas des Menalamba ?

N.R : La chose qui a été apprise à nos enfants est que les « Menalamba » étaient des gens malpropres, poussiéreux. C’est complètement faux. Pour s’identifier, ils portaient des brassards rouges, ou alors un signe floral rouge sur le front. Pour résumer, les Menalamba étaient multiformes : s’il fallait les considérer comme un parti politique, c’est un parti politique. Mais ils sont bien au-delà d’un simple parti. Ils étaient dirigés par des élites : Rainisongomby et Ralaitangena. Ils se sont déjà ralliés avec les Sakalava, les Betsileo et des monarques du sud-est. Bref, c’est un mouvement… national. Des renforts de ces royaumes et groupes humains ont été envoyés pour aider les Menalamba. De même, ils sont aussi allés appuyer le roi Toera. Dès lors, c’est surtout un mouvement contre les injustices et les exactions effectuées par les reines et les « hova » à Tananarive.

M.M : Il a été souvent soulevé, dans les recherches, dans les traditions orales et d’autres, que les Menalamba voulaient remettre le pouvoir royal…

N.R : Tout d’abord, les Menalamba ne nourrissaient aucune ambition de conquête du pouvoir. Ensuite, Andriantsihanika s’est auparavant dégagé du rang nobiliaire. Mais selon le livre prémonitoire dont nous parlerons plus tard, ils se sont tenus aux directives : ne pas laisser la terre des ancêtres, Madagascar, aux mains des « Blancs ».  

Recueillis par Maminirina Rado 

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