Pour le gouvernement de transition, la voix de la SADC n’est pas celle du maître. En témoigne la réponse du tac au tac faite par le Premier ministre malgache concernant l’invitation de la SADC à libérer les prisonniers politiques.
Légitimité politique régionale et décisions des bailleurs
En faisant cette déclaration, Mamitiana Rajaonarison donne le ton d’un refus des autorités nationales de se plier aux « ordres » de l’organisation régionale. Au nom de la souveraineté, les dirigeants malgaches ont bien évidemment le droit d’interpréter les faits à leur façon. Dans le cas d’espèce, ils estiment que les personnes incarcérées relèvent de procédures judiciaires ordinaires. Pour sa part, la SADC est tout aussi libre de proposer des mesures d’apaisement politique dans la région dont elle a la charge. Cette divergence d’appréciation entre Antananarivo et Gaborone n’augure rien de bon dans le contexte politique déjà délétère que traverse le pays. Un possible désaccord entre la SADC et les autorités de la refondation pourrait, en effet, isoler Madagascar et éventuellement priver le pays de potentiels financements pour le développement. En effet, même si elle n’est pas une communauté influente sur le plan de la coopération économique internationale, les conclusions de la SADC constituent un signal que les partenaires internationaux ne peuvent ignorer. Si la SADC conclut, par exemple, qu’à Madagascar la stabilité institutionnelle, la prévisibilité des décisions publiques, le respect des engagements internationaux, la qualité du dialogue politique et l’État de droit… font défaut, cela impactera négativement l’évaluation du risque-pays à Madagascar. Avec ce que cela suppose comme risque de suspension des aides publiques au développement. Car, au final, la légitimité politique régionale de la SADC fait que ses analyses sont attentivement suivies par les bailleurs de fonds, les agences de notation, les investisseurs privés et les institutions financières internationales…
R.Edmond.



C’est un point de vue d’un journaleux !
La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) vient une nouvelle fois de s’immiscer dans les affaires intérieures malgaches. En appelant pompeusement au « retour au pays des exilés politiques », l’organisation régionale ne se contente pas de réciter un catéchisme diplomatique hors-sol : elle insulte le bon sens du peuple malgache.
Posons la question crûment, sans détour, à ceux qui rédigent ces communiqués : de quels exilés politiques parle-t-on ? Qu’on nous cite un seul nom. Un seul individu qui, depuis le tournant de septembre 2025, aurait été contraint de fuir Madagascar uniquement pour ses idées ou ses opinions. La réponse est simple : il n’y en a pas.
La sémantique a son importance. Un exilé politique est une personne persécutée pour ses convictions. Or, la cohorte d’individus qui a quitté la Grande Île ces derniers mois ne fuit pas la dictature, elle fuit les prétoires. Ce ne sont pas des dissidents, ce sont des justiciables. Les dossiers qui pèsent sur eux ne relèvent pas du délit d’opinion, mais du Code pénal : détournements massifs de fonds publics, vols, abus de pouvoir , favoritisme et crimes sur le peuple .
Personne ne les a chassés. Aucun décret ne les a bannis. Ils ont fui de leur propre initiative dès que le vent de l’impunité a tourné et que la justice a commencé à faire son travail. Utiliser l’étiquette d’« exilé politique » pour masquer des crimes financiers de droit commun est une imposture morale. Le statut d’opposant ou d’ancien dirigeant ne saurait être un totem d’immunité contre le pillage des deniers publics.NSi ces individus qui se morfondent dans leurs exils dorés se sentent réellement blancs comme neige, s’ils se croient victimes d’une cabale, la solution est pourtant simple : qu’ils reviennent. Qu’ils cessent de se cacher derrière les communiqués complaisants des organisations régionales. Qu’ils rentrent à Antananarivo et qu’ils affrontent la justice de leur pays. Une justice qui se doit d’être juste et transparente, mais implacable. La démocratie ne se construit pas en amnistiant les délinquants à col blanc sous prétexte d’apaisement. Le véritable apaisement naîtra de la fin de l’impunité et de la stricte reddition des comptes . Rainilainga et ses sbires n’échapperont pas à la justice !