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jeudi, septembre 10, 2026
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Andriatsihala Nolave Luc Aristide : « Il ne peut y avoir de lutte efficace contre le changement climatique tant que la destruction des forêts se poursuit »

Face à la dégradation accélérée des forêts, à l’intensification des sécheresses et à la pression croissante sur les écosystèmes, Madagascar reconnaît être entré dans une véritable crise environnementale. Réunis à Morondava à l’occasion de la célébration conjointe des principales journées mondiales dédiées à l’environnement, les autorités – dont le président de la Refondation de la République de Madagascar et des hauts conseillers – ont dressé un constat alarmant, tout en annonçant une nouvelle phase d’action fondée sur l’extension des aires protégées, la restauration des milieux naturels et la valorisation économique des forêts à travers les mécanismes de financement carbone.

Morondava, symbole d’une triple célébration environnementale

Morondava, dans la région du Menabe, est devenue le centre symbolique d’un message fort porté par les autorités malgaches la semaine dernière. La protection de l’environnement n’est plus un enjeu sectoriel, mais une priorité nationale face à une crise écologique jugée systémique. La célébration conjointe de la Journée mondiale de l’environnement, de la Journée internationale de la biodiversité et de la Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse a servi de cadre à une lecture renouvelée des défis environnementaux du pays. Pour la première fois, un président de la République a pris part à une célébration mondiale de cette ampleur à Morondava, soulignant l’importance stratégique accordée à cette région. Pour Andriantsihala Nolave Luc Aristide, le choix du Menabe n’est pas anodin : territoire riche en biodiversité avec l’Allée des Baobabs, Kirindy, Makay et Menabe Antimena, il est aussi identifié comme « une zone particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique ».

Une région sous pression climatique et sociale

Dans son discours en marge de la journée de célébrations conjointes, le ministre de l’Environnement et du Développement durable a dressé un constat sans détour : « Madagascar est aujourd’hui en situation de crise environnementale. » Selon lui, « la dégradation des ressources naturelles, la diminution des sources d’eau et l’intensification des phénomènes climatiques extrêmes traduisent une dynamique déjà critique. »

En effet, les sécheresses dans le Sud, combinées à la migration de populations vers le Menabe, accentuent la pression sur les écosystèmes locaux, déjà fragilisés. Dans ce contexte, les autorités établissent un lien direct entre déforestation, raréfaction des ressources et aggravation des catastrophes naturelles.

La baisse des ressources en eau favoriserait ainsi l’intensification des cyclones et des inondations, illustrant une chaîne de causalité où les impacts environnementaux, économiques et sociaux sont étroitement imbriqués.

Vers une gestion environnementale « mesurable »

Face à cette situation, le gouvernement malgache affirme entrer dans une « nouvelle phase de gestion environnementale fondée sur des résultats mesurables ». Celle-ci repose notamment sur l’extension des aires protégées, la restauration des forêts dégradées et le renforcement des mangroves.

Plusieurs décisions ont été annoncées pendant ces célébrations à Morondava, dont l’adoption de quatre décrets portant sur la création de nouvelles aires protégées, en complément des 21 récemment établies. Cette dynamique traduit une accélération de la politique de conservation à l’échelle nationale.

Le ministre de l’Environnement et du Développement durable a également insisté sur les limites actuelles du dispositif de protection de la nature, soulignant qu’un « agent forestier doit aujourd’hui couvrir environ 40 000 hectares », un ratio jugé insuffisant pour assurer une surveillance efficace des ressources naturelles.

Dans la même logique, la lutte contre les feux de brousse et les feux de forêt est appelée à devenir une priorité nationale renforcée.

Le financement carbone, nouvel outil de la politique environnementale

Outre les constats, le triple événement organisé à Morondava a également été marqué par la remise de quatre chèques carbone issus des mécanismes de financement climatique. Les chèques bénéficient à 119 communes réparties dans plusieurs régions du pays, ainsi qu’à des gestionnaires d’aires protégées, des chefs de région et des communautés locales.

Ces financements traduisent la montée en puissance de la valeur économique accordée à la conservation des forêts dans le cadre des mécanismes internationaux de compensation carbone.

Cette logique s’inscrit dans une dynamique déjà illustrée par le programme REDD+ de l’Atiala Atsinanana, qui a permis la vente de millions de tonnes de carbone et généré des ressources importantes destinées à la conservation et au développement local. La protection des forêts apparaît ainsi de plus en plus comme un levier économique autant qu’écologique.

Une approche intégrée des crises environnementales

Parallèlement, les célébrations conjointes des trois journées mondiales ont mis en avant une approche intégrée des défis environnementaux. Biodiversité, climat et gestion des terres sont désormais abordés comme des composantes indissociables d’une même crise mondiale.

Le thème national, centré sur « l’action locale et la résilience des communautés », insiste sur la nécessité de traduire les engagements internationaux en actions concrètes sur le terrain.

Les initiatives locales occupent ainsi une place centrale, notamment à travers la promotion de solutions durables, la restauration des écosystèmes et l’implication des collectivités territoriales, des jeunes et des femmes.

Les solutions locales comme levier global

Les réserves de biosphère de Tsimembo-Manambolomaty et d’Analamazaotra-Andasibe ont d’ailleurs été mises en avant comme des modèles illustrant la possibilité de concilier conservation de la nature et développement des populations.

Ces espaces démontrent qu’il est possible de protéger les écosystèmes tout en améliorant les conditions de vie des communautés locales, grâce à une gestion participative et à la valorisation durable des ressources naturelles.

Vers une transition environnementale encadrée et opérationnelle

La remise d’équipements, de distinctions et de contrats de travail à des acteurs engagés dans la protection de l’environnement a fait partie des points clés ayant marqué les célébrations à Morondava. Ce geste symbolise une volonté affichée de renforcer les capacités opérationnelles sur le terrain, tout en reconnaissant le rôle des agents et des communautés impliqués. Entre urgence écologique, valorisation économique des ressources naturelles et gouvernance territoriale renforcée, le pays affirme une orientation où la protection de l’environnement devient un levier central de développement durable et de résilience climatique.

Dossier réalisé par José Belalahy

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