
Entre effet d’annonce et reculades, la Concertation nationale promise par le régime s’enlise. L’historien Hasina Raveloson regrette un surplace politique chronique.
La « Concertation nationale » tant attendue verra-t-elle enfin le jour ? Annoncée en grande pompe pour ce mois de juillet 2026, ce grand rendez-vous semble, une nouvelle fois, s’enliser dans les sables mouvants de l’indécision étatique. Pour le docteur Hasina Raveloson, historien et spécialiste de l’histoire des Hautes Terres précoloniales, le constat est sans appel : le pouvoir de la Refondation brille par ses tergiversations chroniques. « La Refondation s’apparente à un régime otage de ses propres hésitations », soutient Hasina Raveloson. Un surplace qui commence sérieusement à agacer l’opinion publique. « On ne voit toujours pas de trace de cette Concertation nationale. Et ce, après des lancements purement symboliques initiés au moins à deux reprises : en décembre 2025 puis en juin 2026 », déplore l’universitaire. Pour les observateurs de la scène politique, ce piétinement n’a pourtant rien d’un accident de parcours. Il s’agit d’un trait caractéristique du régime, habitué au schéma du « reculer pour mieux sauter ».
Rétropédalage spectaculaire. Pour l’historien, les prémices de cette hésitation permanente ne relèvent pas d’un simple accident de parcours, mais remontent aux tout premiers balbutiements du pouvoir. Le dimanche 12 octobre 2025 demeure, à ce titre, une date hautement symbolique d’un flottement originel, érigé presque en véritable méthode de gouvernement. Ce jour-là, à Ambohitsirohitra, le régime en place actait solennellement la dissolution définitive de la Quatrième République, avant d’opérer un rétropédalage spectaculaire et déconcertant, à peine quelques heures plus tard, face à l’incompréhension générale. Ce manque chronique de ligne directrice s’est, par la suite, illustré dans d’autres dossiers majeurs de l’État, à l’instar du Conseil consultatif pour la Refondation (CCR). Sa création avait pourtant été annoncée à grands coups de communication officielle, et la nomination de son coordinateur général, José Vianey, fit l’objet d’une couverture médiatique hors norme. Depuis ce coup d’éclat initial, un silence radio total s’est installé au sommet de l’État, reléguant cette ambitieuse réforme institutionnelle au rang de projet mort-né, sans suite viable. Ce renoncement silencieux symbolise la trajectoire d’un pouvoir qui semble aujourd’hui avancer sans boussole ni cap, prisonnier de ses contradictions.
Souveraineté nationale
Pourquoi un tel blocage ? Pour le Dr Hasina Raveloson, le régime redoute simplement les conclusions de ce dialogue. « Une concertation nationale souveraine mènerait inévitablement à la dissolution de la Quatrième République. Or, c’est précisément cette rupture que les dirigeants craignent, hantés par le spectre de leur propre reculade du 12 octobre 2025 », analyse-t-il. Au-delà des calculs politiques, c’est la question cruciale de la souveraineté qui est aujourd’hui posée. L’historien n’hésite pas à tracer un parallèle historique cinglant, rappelant les accusations de « trahison envers la patrie » qui avaient visé le président Andry Rajoelina en raison de sa double nationalité, perçue à l’époque comme un affront direct à la souveraineté nationale. Aujourd’hui, le même problème de fond resurgit. La Concertation nationale doit être un débat souverain entre Malgaches. Dès lors, comment tolérer l’ingérence d’acteurs étrangers dans ce processus interne ? « La souveraineté nationale se retrouve à nouveau bafouée face à cette intrusion d’éléments étrangers dans nos affaires », s’insurge l’analyste. Face à cette perte de repères et à cette quête permanente de compromis boiteux, une interrogation demeure : « Mais où va donc cette Refondation ? » Une question cruciale qui attend toujours des réponses claires.
Julien R.





