
La faiblesse de l’industrie, sa concentration géographique et la disparition progressive de certains pôles industriels régionaux appellent une politique publique sectorielle volontariste. Pour l’économiste Hugues Rajaonson, Madagascar doit engager un effort d’industrialisation soutenu s’il veut renouer avec une croissance durable.
Le développement économique de Madagascar passe inévitablement par une industrialisation soutenue. C’est, en effet, la conviction défendue par Hugues F. Rajaonson, pour qui la faiblesse du secteur industriel constitue aujourd’hui le chaînon manquant pour permettre à l’économie nationale de progresser vers la prospérité tant attendue.
Tissu industriel solide
L’économiste rappelle qu’aucun pays n’a accédé au développement sans avoir bâti un tissu industriel solide. Madagascar reste pourtant très éloigné d’une économie en voie d’industrialisation. L’industrie manufacturière est trop marginale. Celle-ci ne représente que 9% du PIB, montrant clairement que la transformation locale demeure limitée et occupe encore une place insuffisante au regard des besoins de création d’emplois, de production et de valeur ajoutée. Hugues Rajaonson résume la situation en trois constats : la faiblesse de l’industrie manufacturière, la concentration des activités autour du corridor Antananarivo-Antsirabe, avec un prolongement vers Toamasina, et la disparition de plusieurs pôles industriels régionaux.
Toliara, symbole de la désindustrialisation
Le Sud-Ouest constitue, à ses yeux, l’une des illustrations les plus marquantes de ce recul. Le cas de Toliara permet de mesurer concrètement les conséquences de la disparition progressive des pôles industriels en dehors des principaux corridors économiques du pays. L’Atsimo-Andrefana disposait autrefois d’un véritable tissu industriel, avec une huilerie, des unités textiles, des activités de fabrication d’outillage agricole ainsi que des filières liées à la culture et à la transformation du coton.
À partir des années 1990, les unités industrielles de la SUMATEX, de la SNHU, de TOLY et de HASYMA ont disparu les unes après les autres, si bien que l’industrie formelle n’existe pratiquement plus dans la région. Cette situation soulève plusieurs interrogations. L’économiste s’interroge, entre autres, sur les responsabilités politiques nationales et locales dans la disparition de ces entreprises, mais aussi sur la faible mobilisation des nombreux gestionnaires, ingénieurs et juristes formés à Madagascar ou à l’étranger à l’époque, qui auraient pu accompagner leur développement. Sans oublier d’insister sur l’importance d’explorer toutes les opportunités pour ces régions afin de donner un nouveau souffle à l’économie.
Une industrialisation par le privé
Hugues Rajaonson revient également sur les nationalisations des années 1970 et 1980. Il rappelle que la gestion de ces sociétés d’État a été confiée à de hauts fonctionnaires, et s’interroge sur leur préparation ainsi que sur l’accompagnement qui leur a été apporté pour diriger des entreprises à vocation commerciale. Pour lui, Madagascar doit désormais faire de l’industrialisation portée par le secteur privé un véritable choix politique. Il souhaite l’élaboration d’une feuille de route détaillée permettant d’atteindre l’objectif officiel consistant à porter la part de l’industrie à 30% du PIB d’ici à 2040. L’économiste appelle également à créer un environnement plus favorable aux investissements, y compris étrangers, qu’il juge trop faibles, à protéger les entrepreneurs malgaches et à les encourager à investir davantage dans leur propre pays. « L’industrialisation est un choix politique. À nous de nous mettre au travail et de doter notre pays d’une politique publique industrielle ambitieuse et volontariste », conclut Hugues F. Rajaonson.
Propos recueillis par R.Edmond




