
L’annonce, sous cape, d’une éventuelle fusion-absorption de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) par le CNRS à l’horizon 2027 suscite une très vive inquiétude au sein du monde universitaire et scientifique à Madagascar. Présente dans la Grande île depuis 1947, l’institution française incarne un modèle de partenariat équitable « Nord-Sud », aujourd’hui gravement menacé d’extinction.
C’est un véritable coup de tonnerre qui secoue la communauté scientifique malgache. Alors que la décision n’a pas encore été officiellement actée par le gouvernement français, les procédures visant à intégrer l’Institut de recherche pour le développement (IRD) au sein du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) seraient déjà engagées à marche forcée. L’échéance arrêtée au 1er janvier 2027 provoque une véritable onde de choc parmi les enseignants-chercheurs, les universitaires et les dirigeants d’institutions publiques locales, partenaires historiques de l’organisme.
Co-construction
Fondé il y a plus de 80 ans et implanté à Madagascar depuis 1947, l’IRD s’est imposé comme un pilier fondamental de la coopération scientifique internationale dans la Grande île. Contrairement aux schémas classiques de recherche descendante, l’institut a su bâtir sa renommée sur une philosophie stricte de co-construction, de réciprocité et de partenariat d’égal à égal. Qu’il s’agisse de la lutte contre le changement climatique, de la préservation de la biodiversité unique de l’île, de la sécurité alimentaire ou des enjeux cruciaux de santé publique, l’IRD accompagne les universités nationales, forme les nouvelles générations de chercheurs et cofinance des projets d’envergure.
Partenariats stratégiques
« La disparition pure et simple de l’IRD remettrait en question l’ensemble des partenariats stratégiques et des programmes mis en place depuis des décennies », s’inquiètent vivement les acteurs locaux. Des initiatives majeures, comme l’université d’été internationale « Tany Vao », devenue au fil des éditions un rendez-vous structurant pour la formation à la recherche en sciences humaines et environnementales, risquent directement d’être balayées. Les scientifiques malgaches craignent de voir péricliter une approche interdisciplinaire et citoyenne au profit d’une vision centrée sur la recherche fondamentale, traditionnellement privilégiée par le CNRS.
Pétition
Face à cette menace d’absorption institutionnelle, un vaste mouvement d’indignation et de mobilisation s’organise à l’échelle régionale et globale. Une pétition d’urgence adressée directement au président de la République française circule actuellement auprès des présidents d’universités, directeurs de centres de recherche, anciens ministres, académiciens et personnalités du monde économique. Tous réclament avec fermeté la préservation intégrale du réseau international de l’IRD, fort de trente-cinq représentations déployées à travers l’ensemble du Sud global.
Diplomatie scientifique
« Il ne s’agit nullement d’opposer l’IRD au CNRS, dont l’excellence académique est mondialement reconnue, mais de protéger un patrimoine exceptionnel d’équité et de confiance mutuelle, construit patiemment sur le terrain », insistent les signataires. Pour la communauté scientifique malgache, l’enjeu dépasse de loin les réorganisations administratives parisiennes : c’est l’avenir de la diplomatie scientifique, du partage des savoirs et de la souveraineté scientifique des pays du Sud qui se joue désormais à travers ce noble combat collectif, primordial pour l’avenir de l’ensemble de nos universités régionales. L’heure est à la mobilisation.
Julien R.



Mon coucou à Siteny…..