
Alors que Madagascar s’engage dans un processus de refondation institutionnelle, la participation politique et électorale des femmes, y compris celles en situation de handicap, est encouragée. À travers une série d’ateliers axés sur la maîtrise du cadre légal, le démantèlement des stéréotypes et le mentorat, cette initiative inédite entend former dès aujourd’hui les femmes malgaches dans toute leur diversité.
À Madagascar, il est crucial de prendre des mesures bien en amont des échéances pour favoriser la participation politique et électorale des femmes. Dans un contexte marqué par le processus de refondation de la République, qui s’accompagne notamment de réformes institutionnelles et électorales, l’enjeu est de permettre aux femmes et aux jeunes femmes de mieux comprendre ces évolutions, d’y participer de manière informée et de renforcer progressivement leur présence dans les espaces de décision publique. C’est dans cette perspective que le Programme des Nations Unies pour le développement à Madagascar (PNUD), à travers son projet Élections, Renforcement des processus électoraux et démocratiques à Madagascar (RPEDEM), agit à la fois sur la préparation des femmes et sur les conditions d’une participation politique et électorale plus accessible, inclusive et effective. Du 5 au 7 août 2026 à Antananarivo, le projet a lancé, avec l’appui financier du gouvernement du Japon dans le cadre du Japan Supplementary Budget (JSB), une série d’ateliers qui se poursuivra à Ihorombe et à Ambilobe. L’objectif est d’agir suffisamment en amont : mieux comprendre les processus électoraux et institutionnels, développer ses réseaux, renforcer son ancrage communautaire et consolider les solidarités entre femmes. Cette démarche s’inscrit dans une approche de long terme associant les institutions électorales et publiques, les réseaux de femmes et les radios communautaires.
Inclusive
Venues des régions d’Analamanga, d’Atsinanana, de Bongolava et de Melaky, les participantes comptent également des femmes en situation de handicap, confrontées à des barrières souvent cumulatives. Les échanges ont rappelé l’importance de leur garantir un accès plein et effectif aux mêmes réseaux, institutions, espaces de visibilité et opportunités de participation, en reconnaissant leur contribution à la vie publique comme citoyennes à part entière. Une femme participante vivant avec un handicap a témoigné : « C’est la première fois que des personnes vivant avec un handicap sont invitées à participer à une formation sur la participation politique des femmes. Un grand merci au projet élections du PNUD pour nous avoir incluses dans son partenariat », a-t-elle indiqué. Préparer les femmes signifie aussi mettre en discussion les normes et les stéréotypes qui continuent de peser sur leur engagement. Les échanges ont permis d’aborder ouvertement certaines perceptions encore profondément ancrées : le doute sur les compétences des femmes, les jugements portés sur celles qui affichent une ambition politique, ou encore l’idée que l’autorité et le leadership resteraient d’abord des attributs masculins. Accroître la participation des femmes suppose donc de renforcer leurs capacités, mais aussi de faire évoluer les perceptions qui conditionnent la reconnaissance de leur leadership.
Expériences
La formation mise pour cela sur la rencontre entre expérience vécue et expertise institutionnelle. Parmi les formatrices figurent d’anciennes parlementaires et ministres, ainsi que des femmes ayant elles-mêmes l’expérience de candidatures et de campagnes électorales, aux côtés d’une experte d’ONU Femmes Cameroun. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) et la Haute Cour constitutionnelle (HCC) interviennent également à titre de formateurs institutionnels afin de rendre les règles et procédures plus concrètes au regard des lois nationales : conditions d’accès aux fonctions électives, prévention des irrégularités susceptibles d’entraîner l’irrecevabilité d’un dossier, voies de recours prévues par la loi, ou encore modalités de participation en qualité d’observatrice. Les participantes ont également souligné l’importance de faire vivre, au-delà des formations, les solidarités créées entre elles. Des mécanismes de mentorat et de parrainage ont ainsi été envisagés : le mentorat pour transmettre l’expérience, les conseils et les enseignements tirés de son propre parcours ; le parrainage pour aller plus loin, en recommandant une autre femme, en l’introduisant dans un réseau, en lui ouvrant un espace de visibilité ou en engageant son propre crédit pour faciliter son accès à une opportunité. Les participantes ont convenu de prolonger, au-delà des ateliers, les solidarités créées entre elles, notamment à travers le mentorat et le parrainage : transmettre son expérience et ses conseils, mais aussi ouvrir son réseau, recommander une autre femme ou faciliter son accès à une opportunité.
Recueillies par Narindra Rakotobe


