
Les traces du Xe au XIIe siècles sont encore présentes à Marodoka, ancien comptoir commercial de Nosy Be. Les vestiges et le patrimoine y sont conservés, témoignant d’une période où l’île était déjà au cœur des échanges dans l’océan Indien. C’est dans ce quartier chargé de mémoire et d’histoire que s’est rendue la délégation conduite par le ministre de la Culture et de la Communication, Gascar Fenosoa, lors de son déplacement dans l’île aux Parfums.
Plusieurs sites patrimoniaux ont été visités, notamment la Maison des Fantômes, la Case indienne, l’emplacement de la première distillerie de Nosy Be ainsi que la première mosquée. Des lieux différents, mais qui constituent autant de repères pour comprendre les différentes étapes de l’histoire de l’île.

Une île ouverte sur l’océan Indien
Marodoka occupe une place particulière dans l’histoire. Le quartier témoigne des contacts anciens entre plusieurs communautés de l’océan Indien. Le royaume sakalava Bemihisatra entretenait des relations avec les populations africaines riveraines du canal du Mozambique, avec les Arabes et les Indiens. Les lieux de culte, les usages et les traditions portent encore les marques de ces relations, voire de ces influences.
Le patrimoine architectural rappelle ainsi que Nosy Be s’est construite à la cadence des échanges commerciaux et des circulations entre les différentes rives de l’océan Indien. Mais l’histoire de Marodoka n’est pas seulement celle de ces vieilles pierres ingénieusement empilées. Elle se transmet aussi par les us et coutumes, les modes vestimentaires, les pratiques culturelles, les métiers traditionnels, les savoir-faire, l’art culinaire et surtout la littérature orale. Cette dimension immatérielle donne du sens aux bâtiments et aux lieux conservés. Une maison, une mosquée ou une ancienne installation industrielle racontent un récit historique. Les pratiques permettent, elles, d’en comprendre la portée. Préserver Marodoka revient donc à protéger à la fois ce qui est visible et ce qui se transmet. À travers cette démarche, le ministère entend renforcer la valorisation des sites historiques et culturels de Nosy Be afin de mieux assurer leur préservation. Ce patrimoine apparaît comme un trait d’union entre plusieurs cultures et plusieurs générations.

De Bagamoyo à Marodoka
Comptoir, lieu de ravitaillement, carrefour culturel, la partie occidentale de la Grande île, grâce au canal du Mozambique, comptait autrefois des villes animées par le commerce. La capitale du royaume sakalava Bemihisatra était une grande cité et un passage obligé pour les étrangers bien avant le Xe siècle. Elle fut également liée au trafic d’esclaves. Cette porte ouverte a assisté à l’arrivée d’esclaves originaires de la côte tanzanienne, en particulier de Bagamoyo. Située à environ une centaine de kilomètres au nord de Dar-es-Salaam, cette ville était autrefois une importante agglomération de l’Afrique de l’Est.
Au fil du temps, Bagamoyo a perdu de son importance et est devenue un petit bourg. Son nom viendrait de « Bwaga moyo », expression swahilie signifiant « abandonne ton cœur ». Une expression qui renvoie au désespoir de ceux qui étaient capturés pour être vendus comme esclaves, alors qu’un avenir incertain les attendait. D’après les écrits, « Bagamoyo constituait le point d’arrivée des porteurs et des captifs qui traversaient le pays depuis le lac Tanganyika, voire depuis les territoires voisins ». Les historiens spécialistes de la région avancent que les esclaves y arrivaient à pied ou en caravanes. Ils y étaient vendus, échangés puis envoyés vers les îles de la péninsule Arabique ou la Perse, mais également vers le Nouveau Monde. Pour beaucoup, Bagamoyo représentait un point de non-retour. Certains de ces captifs furent ensuite acheminés jusqu’à Marodoka. Le nom du quartier serait l’union de deux mots : « maro », en malgache, signifiant « plusieurs », et « duka », terme swahili issu de l’arabe « dukan », associé au commerce. L’île en forme de tortue comptait alors parmi les anciens ports de Madagascar. Des boutres venant d’Asie du Sud, de Mayotte, des Comores y faisaient escale. Ces relations avec les populations étrangères ont contribué au métissage des habitants. Le swahili et le malgache y étaient parlés, témoignant de l’intensité des échanges dans cette partie de l’océan Indien. Au siècle suivant, malgré l’abolition de la traite des esclaves, celle-ci continua clandestinement dans la région. Des Arabes traquaient notamment des Noirs « Makoa » et les embarquaient à bord de boutres pour les vendre vers l’Asie du Sud.

Le temps des négociants
Du temps de la reine Tsiomeko, Marodoka prend une autre dimension. Le site continue d’assurer ses activités portuaires, mais se transforme peu à peu en quartier des étrangers, à savoir des populations islamisées et des descendants de commerçants. Oui, le nom demeure. Marodoka, cet espace où les riches marchands exposent leurs produits importés, est désormais le fief des acteurs importants de l’économie régionale. Leurs boutres sillonnent les côtes du Nord-Ouest, ce qui favorise leurs relations avec les Antalaotra de la région du Boeny et de ses environs. Dès lors, l’économie de Nosy Be bat son plein à partir de la première moitié du XIXe siècle et jusqu’au règne de la reine Binao. Le commerce maritime offre à l’île une place prépondérante dans les circuits reliant Madagascar aux autres territoires de l’océan Indien. Marodoka n’est pas qu’un quartier ancien : son histoire est liée aux mouvements de populations, aux flux d’échanges, aux différentes influences venues d’autres pays.

Un patrimoine entre deux rives
Aujourd’hui, ces différentes périodes ont laissé des traces. Les anciennes constructions forment un ensemble qui permet de comprendre la place occupée par Marodoka dans l’histoire de la Grande Île, en particulier à Nosy Be.
La visite de la délégation conduite par le ministre de la Culture et de la Communication remet ainsi en avant la nécessité de préserver ce patrimoine dans toute sa diversité. Il ne s’agit pas de conserver des bâtiments anciens, mais également de protéger les pratiques et les récits qui leur donnent leur sens. Entre lieu de mémoire et vestige, Marodoka raconte Nosy Be tournée vers la mer. Cette île n’était pas isolée. Comptoir, lieu de ravitaillement, port commercial et carrefour culturel, Marodoka est l’un des témoins de cette histoire. Il fait ainsi de Nosy Be une destination touristique, mais surtout un territoire où les traces du passé restent encore visibles.
Iss Heridiny




