
Le relèvement du taux directeur de BFM à 12,5% continue de susciter le débat. Pour l’économiste et analyste en bourse Zo Andriatsitohaina, la décision intervient à contretemps, alors que le gouvernement cherche, de son côté, à stimuler l’investissement et la relance économique.
Deux orientations difficilement conciliables
D’un côté, le ministère de l’Économie et des Finances (MEF) déploie une stratégie de relance visant notamment à favoriser l’investissement privé. De l’autre, BFM (Banky Foiben’i Madagasikara) a opté pour un resserrement de sa politique monétaire en portant son taux directeur de 12% à 12,5%. Pour Zo Andriatsitohaina, économiste et analyste en bourse, cette décision risque de peser sur la dynamique recherchée. L’expert rappelle néanmoins un principe fondamental : la Banque centrale est indépendante du gouvernement et dispose de l’autonomie nécessaire pour définir sa politique monétaire en fonction de ses propres objectifs. «Mais même avec cette indépendance, je considère que cette hausse n’est pas opportune. Ce n’est pas le moment », estime-t-il. Selon lui, elle va notamment à l’encontre des mesures prises par l’État pour encourager le financement de l’économie et les investissements privés.
Inflation importée
La BFM justifie notamment son choix par la nécessité de maîtriser l’inflation. Zo Andriatsitohaina estime toutefois que la hausse actuelle des prix ne découle pas principalement d’un excès de monnaie en circulation. Certes, une forte progression de la masse monétaire M3 peut alimenter l’inflation, reconnaît-il. Mais la situation actuelle serait, selon son analyse, essentiellement liée à des facteurs externes. Madagascar demeurant fortement dépendant des importations pour de nombreux produits de consommation, les hausses de prix sur les marchés internationaux se transmettent à l’économie nationale. L’économiste évoque notamment les tensions géopolitiques internationales, auxquelles s’ajoutent les conséquences importantes des cyclones enregistrés cette année.
Orientations
Autre élément avancé : le taux de change. Habituellement, l’appréciation de l’ariary au premier semestre contribue à modérer les pressions inflationnistes. Or, fait-il remarquer, malgré une appréciation marquée de la monnaie nationale en 2026, l’inflation est passée d’environ 6% en janvier à près de 8,5%. Une évolution qui, à ses yeux, confirme la nécessité de rechercher les causes de la hausse des prix au-delà de la seule politique de taux. Pour Zo Andriantsitohaina, la priorité devrait donc être double : BFM devrait agir davantage sur la stabilité de l’ariary, tandis que l’État doit accélérer la production et la relance économique. « Si une baisse du taux directeur n’était pas envisageable, il aurait au moins fallu le maintenir à 12%. De plus, BFM avait, dernièrement, eu l’opportunité de baisser le taux directeur à 11,5%. Si elle l’avait fait, une hausse de 0,5 point nous aurait ramené à 12% actuellement », soutient-il. Selon l’analyste, son relèvement risque d’augmenter le coût du financement, de profiter davantage aux banques et, surtout, de freiner les investissements privés au moment où l’économie a besoin de nouveaux moteurs de croissance.
Antsa R.





aha, mais l’inflation importé reste d’inflation.