
Face aux obstacles pour rejoindre l’Europe, de plus en plus de footballeurs malgaches se tournent vers les Seychelles. Salaires plus attractifs, conditions de vie stables et possibilité de s’imposer rapidement dans un championnat ouvert aux étrangers : l’archipel est devenu une destination privilégiée. Un phénomène qui révèle à la fois le potentiel du vivier malgache et les limites du football local.

Face à la difficulté d’accéder aux championnats européens, de plus en plus de footballeurs malgaches se tournent vers l’océan Indien, et particulièrement vers les Seychelles. Ce phénomène, qui s’intensifie ces dernières années, répond à une quête de meilleures conditions de vie et de carrière, tout en posant des questions sur le développement du football national. « La vie est difficile. Les joueurs cherchent une existence meilleure, une situation plus favorable pour eux-mêmes, pour leur famille et pour leur avenir », explique Fenosoa Razafimamonjy, ancien joueur et acteur engagé dans le marketing sportif. « Partir chercher un contrat en Europe reste très compliqué. C’est pourquoi les Malgaches se dirigent de plus en plus vers l’océan Indien, et en particulier vers les Seychelles. »

Les clubs seychellois peuvent enregistrer jusqu’à quatre joueurs étrangers. Cette règle ouvre davantage de portes aux talents malgaches. Le championnat local compte trois niveaux : la Premier League (Absa Premier League), le Championship et la Ligue One. Dans quasiment tous les clubs de ces trois échelons, on retrouve des footballeurs de la Grande Île. Les trophées individuels récents sont d’ailleurs souvent remportés par des Malgaches. Parmi les figures actuelles ou récentes, on peut citer Jean Tigana Hajatiana (plus connu sous le nom de Tigana), multi-titré avec Foresters FC, où il évolue aux côtés de son frère Tina Kely et de Pitre. Au Saint Louis FC, Pierre Randy Franco, Ryan Rajaonarivelo et Timain se sont illustrés. Au Cap United, Mamy Rakotoarison (Fanaka) et Hasina Ramaroson ont contribué au sacre. D’autres, comme Danielson Maxime (Andry Max) à Bel Air, Aviza et Massy (PTL Bazar Brothers), Henintsoa et Romario (au Cap United), Gelo Kely (Revengers Football) ou encore Jocelyn Fenosoa, de Real Maldive, ont également rejoint l’archipel ces dernières saisons.

Les Seychelles offrent un environnement économiquement stable. Le passeport seychellois figure parmi les plus puissants d’Afrique. La vie y est relativement simple, même si le coût de la vie reste élevé. En compensation, les salaires proposés sont nettement plus attractifs qu’à Madagascar. Le départ n’est cependant pas sans défis. « Changer d’environnement, s’adapter à une nouvelle culture, répondre aux objectifs fixés par le club qui vous fait confiance : tout cela crée une pression supplémentaire », souligne Fenosoa Razafimamonjy. Les Seychelles peuvent aussi servir de tremplin. L’exemple le plus frappant reste celui d’El Hadary Raheriniaina, passé par le Saint Michel United avant de rejoindre le Paris FC, puis Valenciennes, en France. D’autres, avant lui, comme Christian Kely ou Bapasy, ont emprunté le même chemin.

Ce mouvement d’exode s’explique aussi par la richesse du vivier malgache. « Nous avons de nombreux jeunes talents. Cela prouve que nous disposons d’une réserve importante. Les académies et écoles de football se multiplient à Madagascar », observe Fenosoa Razafimamonjy. La carrière d’un joueur reste individuelle et ne peut être freinée. L’enjeu pour les clubs locaux est donc de mieux former et de faire progresser les joueurs restants. Rado Rasoanaivo, directeur technique national de la Fédération malgache de football, partage cette analyse : « Nous avons des joueurs malgaches de qualité. Les clubs seychellois le voient et les recrutent, car ils peuvent apporter une plus-value. En général, le départ est bénéfique pour les joueurs : ils évoluent et s’épanouissent dans un cadre plus favorable. » Il reconnaît toutefois l’impact sur le football malgache. « Cela crée un vide dans les clubs qui perdent leurs meilleurs éléments. C’est la réalité actuelle à Madagascar. Il est difficile d’empêcher un joueur de saisir une meilleure opportunité. En revanche, si les clubs locaux parviennent à proposer un équilibre, des conditions comparables à ce que les joueurs peuvent trouver à l’étranger, certains choisiront de rester. »

Le phénomène des départs vers les Seychelles illustre à la fois la vitalité du vivier malgache et les défis structurels du football national. Entre aspiration individuelle à une vie meilleure et nécessité de renforcer les clubs locaux, l’équation reste délicate.
Dossier recueilli par Heriniaina Samson




