
Neuf mois après le basculement d’octobre 2025, Paris observe Madagascar, prend la température et cherche visiblement à redéfinir les contours d’une relation qui n’est plus à sens unique.
Après une semaine de déplacement à Madagascar, Bruno Fuchs, président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française, plaide pour une coopération davantage tournée vers les besoins de la population, tout en assumant le rapprochement d’Antananarivo avec Moscou. « Il faut un partenariat intelligent, efficace et utile », a martelé hier le député français face à la presse, dans les locaux de l’ambassade de France à Ambatomena. Pour lui, la relation entre les deux pays ne peut plus se résumer à une proximité historique. Elle doit produire des résultats concrets. Cette visite, la deuxième de Bruno Fuchs à Madagascar en 2026 après celle de novembre 2025, avait notamment pour objectif d’évaluer l’état du partenariat franco-malgache depuis les bouleversements politiques d’octobre 2025.
Durant une semaine, le président de la commission des Affaires étrangères a rencontré le chef de l’État, des ministres, des dirigeants d’entreprise ainsi que des employés engagés dans différents projets de développement. Santé, investissements, assainissement : sur le terrain, le parlementaire français dit avoir mesuré les attentes. « Les personnes que j’ai rencontrées attendent beaucoup de la France », a-t-il souligné. Mais derrière cette attente, il pointe aussi une faiblesse, notamment la lenteur dans la mise en œuvre. « Après neuf mois, il y a des choses à améliorer ; par exemple, la capacité à mettre en œuvre les projets est assez longue à Madagascar », a-t-il constaté.
Le rapprochement entre Madagascar et la Russie était l’un des sujets sensibles de cette visite. Bruno Fuchs ne cherche pas à le minimiser. Il affirme même qu’il faut désormais que la France s’y habitue. « Sur le principe, je n’ai aucun problème avec le rapprochement avec Moscou, il faut que la France s’habitue à ça », a-t-il déclaré. Une position qui tranche avec toute tentation de voir Madagascar choisir un camp. Pour le député français, aucun partenaire ne peut, à lui seul, répondre à l’ensemble des besoins d’un pays. « Aucun partenariat exclusif n’est en mesure de fournir les besoins de développement d’un pays », a-t-il estimé. La limite, selon lui, apparaît lorsque la concurrence devient politique. « Là où il y a problème, c’est quand un partenaire n’utilise pas les mêmes règles du jeu, qu’il cherche à vous dénigrer », a-t-il ajouté. Une mise en garde adressée implicitement à Moscou. « Il ne faut pas que la Russie profite de sa présence à Madagascar pour dénigrer un partenariat historique de Madagascar », a-t-il insisté.
Anti-français. Bruno Fuchs estime par ailleurs que Madagascar ne connaît pas la même dynamique de rejet de la France, observée dans certains pays du Sahel. « Je ne trouve pas de sentiment anti-français à Madagascar », a-t-il affirmé, tout en évoquant les situations vécues dans d’autres pays africains. Pour le parlementaire, la relation franco-malgache conserve donc un socle sur lequel il est possible de reconstruire. Mais cette relation devra être adaptée aux nouvelles réalités géopolitiques. « Il faut créer un projet politique fort entre l’Europe et l’Afrique pour faire face au bloc Amérique et Asie », a-t-il lancé. Au-delà de la rivalité d’influence entre puissances, Bruno Fuchs veut remettre la population au centre du partenariat. « Le partenariat avec Madagascar devrait être conduit de façon que le partenariat profite à la population », a-t-il déclaré.
Même logique pour les ressources du pays. Madagascar dispose, selon lui, d’un potentiel considérable, mais celui-ci doit être mieux orienté vers les besoins sociaux et économiques. « Madagascar est un pays très riche, il faut que ces richesses soient investies suivant les besoins de la population », a-t-il souligné. Paris ne réclame pas l’exclusivité, mais entend préserver sa place. Moscou peut avancer, mais « sans transformer sa présence en offensive contre la France », selon le député français. Et surtout, les partenariats doivent désormais être jugés à l’aune de leur impact concret sur la population. Bruno Fuchs a enfin pris soin de relativiser la portée institutionnelle de son déplacement. « Je ne représente pas la France », a-t-il précisé. « Je ne suis pas un émissaire ni un envoyé spécial. »
Rija R.




