
Activité économique essentielle pour les habitants de la commune rurale d’Anjoma Manandriana, district de Manandriana dans la région Amoron’i Mania, la culture de l’orge risque tout simplement de disparaître si des mesures d’urgence ne sont pas prises par les autorités.
Au grand dam des paysans qui ont décidé de lancer un appel aux plus hautes autorités du pays pour sauver ce qui peut encore l’être.
Détresse
« Nous demandons au président de la République et aux représentants du peuple d’examiner de près notre situation et de prendre les mesures qui s’imposent pour sauver la filière orge, car c’est notre principal moyen de subsistance », cette déclaration de Isabelle Razoeliarisoa, agricultrice opérant dans ce secteur, résume la détresse de ces paysans d’Anjoma Manandriana. Un cri d’alarme qui dépasse largement le cadre d’une simple activité agricole. Depuis près de trois décennies, la culture de l’orge constitue en effet le principal moyen de subsistance d’une grande partie de la population locale. Fenonantenaina Honoré Patrick, maire de la commune d’Anjoma Manandriana, rappelle que la culture de l’orge y a débuté en 1996. « Trente ans plus tard, cette activité demeure au cœur de l’économie locale », explique-t-il, en précisant qu’aujourd’hui encore près de 90% de la population vit de la culture de l’orge. Malheureusement, la donne pourrait changer en raison des difficultés que rencontre la filière, notamment en raison de la fiscalité.
Réduction des superficies
Selon les témoignages des producteurs, la superficie consacrée à l’orge aurait fortement diminué, pour ne représenter désormais qu’environ 1 600 hectares, et la filière ne compterait plus que quelque 15 000 producteurs à Madagascar en 2026, contre 20 000 en 2025. En somme, en seulement une année, 5 000 producteurs auraient ainsi quitté la filière. Et la situation pourrait encore empirer si aucune solution n’est apportée. Sur le terrain, cette baisse se traduit directement par une réduction des superficies cultivées. Producteur d’orge à Anjoma Manandriana, Andriamangazafy Mamy Rolland témoigne de la difficulté croissante à maintenir son activité. « Avant, je totalisais 30 ares de culture d’orge, aujourd’hui je n’en suis plus qu’à 10 ares. Auparavant, je cultivais 30 ares. Aujourd’hui, je suis obligé de réduire ma superficie à 10 ares et ma production a fortement chuté », confie-t-il.
Source de revenus
Pour ces agriculteurs, la situation est d’autant plus préoccupante que l’orge ne constitue pas une simple culture de contre-saison. Elle représente une véritable source de revenus permettant aux familles de se nourrir, de se soigner et surtout de financer la scolarisation des enfants. « La culture de l’orge est notre principale activité, toute notre vie en dépend, car c’est grâce à cette activité que j’ai notamment pu élever et scolariser mes enfants », explique Isabelle Razoeliarisoa, qui se demande comment elle va faire pour subvenir aux besoins de sa famille, surtout en cette période de rentrée scolaire. Au-delà de la baisse des revenus des exploitants, les producteurs redoutent désormais des conséquences plus larges sur la vie sociale dans les zones rurales. La disparition progressive des moyens de subsistance pourrait notamment accentuer la précarité et favoriser une résurgence de l’insécurité dans les zones rurales. « Nous craignons particulièrement la prolifération des actes de banditisme dans notre commune, pourtant connue jusqu’ici pour le calme qui y règne », déplore Andriamangazafy Mamy Rolland, un autre producteur d’orge. Pour les producteurs, la question de l’orge dépasse donc désormais le seul enjeu agricole. Elle touche directement à l’emploi rural, aux revenus des ménages, à la scolarisation des enfants et à la stabilité sociale des communautés qui dépendent de cette filière. La balle est dans le camp des autorités de la Refondation, qui ont aussi intérêt à ce que le vent du renouveau souffle dans ce secteur vital pour l’économie locale, régionale et même nationale.
R.Edmond




