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dimanche, octobre 18, 2026
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Gret dans la région Androy : De l’urgence humanitaire à la résilience durable

Dans l’extrême sud de Madagascar, la région Androy subit des sécheresses récurrentes et une pression croissante liée au changement climatique. Avec un taux de pauvreté de 91%, cette situation aggrave l’insécurité alimentaire et nutritionnelle chronique des communautés rurales, faisant de l’Androy l’une des régions les plus vulnérables du pays.

Depuis plusieurs décennies, de nombreuses interventions d’urgence ont permis de répondre aux besoins essentiels des populations. Pourtant, les réponses exclusivement humanitaires montrent leurs limites : si elles sauvent des vies à court terme, elles ne suffisent pas à briser le cercle de la vulnérabilité. Présent dans la région depuis le début des années 2000, le Gret a progressivement renforcé son action en articulant urgence et développement. Depuis 2018, cette approche intégrée se déploie à travers les phases du programme Aide alimentaire, soutenu par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

Soutenir les systèmes agricoles locaux

Dans ces zones rurales, la période de soudure reste critique : les stocks s’épuisent et les ressources diminuent. Des distributions ciblées de céréales et de légumineuses couvrent alors 30% des besoins alimentaires des ménages. En parallèle, le Gret renforce les systèmes agricoles locaux. Pendant la saison des pluies, des semences adaptées, fournies par la CTAS, sont distribuées. Dans les zones mieux pourvues en eau, les femmes sont accompagnées dans le maraîchage ou la riziculture de bas-fonds. Ces pratiques améliorent l’alimentation familiale et génèrent des revenus complémentaires. À Afomarolahy, Sija Fihamina, agricultrice, témoigne : « Avant, il nous arrivait de ne pas manger à notre faim. Aujourd’hui, nous consommons ce que nous produisons et je peux vendre le surplus. Cela me permet de payer la scolarité de mes enfants et d’acheter des médicaments en cas de besoin ». À travers ces initiatives, l’économie rurale locale se consolide progressivement.

Renforcer les capacités économiques des communautés

Le développement rural passe aussi par l’accès à des mécanismes financiers adaptés. Dans les communes d’intervention, des Associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC) structurent l’épargne communautaire. Les membres épargnent collectivement et accèdent à des crédits pour leurs activités. « Grâce au groupe d’épargne, nous pouvons faire des prêts pour développer nos activités maraîchères, puis vendre nos produits. Cela nous permet de subvenir à nos besoins et de réinvestir une partie de ce que nous gagnons », explique Sahondra Claire, habitante d’Andaivozaky, Antanimora. Au-delà de l’appui financier, ces associations renforcent la solidarité et la capacité des communautés à faire face aux aléas.

Une approche intégrée au service des territoires ruraux

Dans l’Androy, le développement rural ne peut se concevoir sans une articulation étroite entre réponses immédiates et investissements de long terme. « Cette approche permet de répondre aux urgences tout en renforçant progressivement l’autonomie des ménages », souligne Talilisoa Monja, responsable des opérations du Gret dans la région. Les actions intègrent nutrition, éducation et égalité de genre. Des potagers scolaires pilotes sensibilisent les enfants aux bonnes pratiques alimentaires, tandis que des « hommes relais » promeuvent l’égalité de genre et améliorent les pratiques nutritionnelles au sein des ménages. Doté d’un financement de 750 000 euros, le projet d’aide alimentaire est soutenu par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE), via le Service de coopération et d’action culturelle (SCAC) de l’ambassade de France à Madagascar. Les chiffres clés. Plus de 7 000 personnes sensibilisées aux bonnes pratiques nutritionnelles. Plus de 1 700 ménages ayant bénéficié de distributions de céréales et de légumineuses pendant la soudure. Plus de 4 000 personnes accompagnées dans le renforcement de la résilience et de l’autonomie alimentaire. Plus de 7 tonnes de semences vivrières distribuées. Dix-neuf Associations villageoises d’épargne et de crédit créées dans quatre communes.

Aide alimentaire

Dans cinq communes de l’Androy (Ambovombe, Ambonaivo, Ambinany, Antanimora et Jafaro), l’insécurité alimentaire atteint des niveaux alarmants. En 2025, près de 40% de la population d’Ambovombe se trouve en phase de crise alimentaire (IPC 3), avec 27% des enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition aiguë globale. Les inégalités de genre, les mariages précoces et la faible autonomie économique des femmes accentuent cette vulnérabilité. Le projet Aide alimentaire 8, mis en œuvre par le Gret dans le cadre de la phase 8 de l’Initiative française pour la sécurité alimentaire et la nutrition (IFSAN), combine prévention, assistance, éducation et résilience, dans une approche sensible au genre et au climat. Il œuvre sur trois volets. Pour la nutrition des 1 000 jours, 1 600 ménages vulnérables reçoivent des rations alimentaires et des semences pendant la soudure ; 800 enfants souffrant de malnutrition aiguë modérée sont pris en charge avec des farines fortifiées et un suivi post-guérison. Cent agents communautaires et 28 hommes relais mènent des sensibilisations sur la nutrition materno-infantile, l’allaitement et les droits et la santé sexuels et reproductifs. Pour la nutrition scolaire, des collations fortifiées sont fournies à 2 000 élèves dans 16 écoles communautaires et trois potagers scolaires pilotes sont installés. Quarante-huit enseignantes sont formées sur la nutrition, le genre et le climat. Pour la résilience économique, 1 400 ménages sont appuyés dans des activités génératrices de revenus et la création de groupes d’épargne, tout en promouvant les pratiques agroécologiques et le lien agriculture-nutrition. Les principales étapes comprennent un diagnostic participatif, des actions immédiates de soutien nutritionnel, un accompagnement au changement de pratiques avec une forte implication des hommes, un renforcement durable de l’autonomie économique des ménages – notamment des femmes – et une intégration du nexus urgence-développement en collaboration avec les acteurs locaux (CTAS, Nutri’zaza).

Résultats attendus

Environ 45 000 personnes directement concernées, dont 10 000 femmes enceintes et allaitantes et 4 000 enfants de moins de deux ans. Les enfants de moins de deux ans et les femmes enceintes ou allaitantes ont un meilleur accès à une alimentation adaptée et à des services de prévention. Les enfants d’âge scolaire bénéficient d’une meilleure alimentation et de connaissances renforcées. Les ménages vulnérables renforcent leur autonomie alimentaire et économique et adoptent des pratiques durables favorables à la nutrition. Présent à Madagascar depuis 1988, le Gret est une ONG internationale de développement solidaire qui agit depuis près de cinquante ans, du terrain au politique, pour lutter contre la pauvreté et les inégalités.

Dossier recueilli par Heriniaina Samson

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