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lundi, octobre 12, 2026
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MIDIRAMA : Le dernier refrain d’une légende…

Les mauvaises nouvelles ne prennent même plus le temps de se succéder. Elles s’empilent. En République démocratique du Congo, Ebola progresse à une vitesse qualifiée d’« exponentielle » par les Nations unies. Plus de 2 500 morts. Une épidémie hors de contrôle, aggravée par les conflits, le manque de financements et les attaques contre les soignants et les infrastructures sanitaires. Ailleurs, un hélicoptère s’écrase au Kenya, tuant sept personnes. Au Nigeria, la campagne électorale s’ouvre sur fond de colère sociale et de flambée du coût de la vie. Aux États-Unis, les expulsions vers des pays tiers s’accélèrent, quitte à envoyer des migrants loin de leur propre pays. Au Moyen-Orient, la guerre continue de produire son cortège de morts, de sanctions, de colonies et de condamnations diplomatiques. Le monde ne manque pas de crises. Il manque surtout de réponses à la hauteur. La Chine refuse de nouvelles sanctions américaines contre l’Iran et appelle au dialogue. L’Europe, le Canada et plusieurs autres pays dénoncent les projets israéliens d’extension des colonies en Cisjordanie. Les grandes puissances parlent. Condamnent. Menacent. Négocient. Pendant ce temps, sur le terrain, les bombes tombent, les frontières se ferment et les populations paient.

Cette cacophonie internationale n’est pas sans écho à Madagascar. Car derrière les grandes manœuvres diplomatiques, il y a une réalité beaucoup plus brutale : celle des populations. Et le dernier rapport d’Afrobarometer, African Insights 2026, vient rappeler cette évidence avec des chiffres qui claquent. 61% des Malgaches déclarent vivre dans des conditions plutôt mauvaises ou très mauvaises. Ce n’est plus une alerte. C’est un signal de détresse. Dans un pays où l’on parle de refondation, de réformes institutionnelles, de dialogue politique, de nouvelles échéances électorales et de repositionnement diplomatique, la question fondamentale demeure pourtant terriblement simple : comment vit la population ? C’est là que se trouve le véritable baromètre du pouvoir. Bruno Fuchs, président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale française, vient d’achever une semaine de déplacement à Madagascar. Son message mérite d’être entendu : la coopération doit davantage répondre aux besoins de la population. Et Paris assume désormais de regarder sans détour le rapprochement d’Antananarivo avec Moscou. Le temps où les partenaires étrangers pouvaient considérer Madagascar uniquement à travers le prisme des équilibres géopolitiques semble révolu. Les Malgaches, eux, n’attendent ni une bataille d’influence entre puissances ni une guerre froide miniature dans l’Océan Indien. Ils attendent de l’eau. De l’électricité. Des emplois. Des routes. Des écoles. Des hôpitaux. Du pouvoir d’achat. De la sécurité. Ils attendent de vivre. Même le crédit donne aujourd’hui une image contrastée de cette économie sous tension. Les données du Bureau d’information sur le crédit montrent un ralentissement de l’activité des crédits à tempérament par rapport à 2025. Là encore, derrière les statistiques, il y a des ménages qui hésitent, des entreprises qui calculent, des consommateurs qui renoncent.

Et pourtant, Madagascar sait encore produire des raisons de sourire. À Santa Susanna, en Espagne, les champions du monde malgaches de pétanque en doublette mixte ont porté haut les couleurs nationales. À Iavoloha, ils ont été reçus par le chef de l’État et récompensés d’une prime exceptionnelle de 5 millions d’ariary chacun. Une belle reconnaissance. Mais une médaille, même mondiale, ne saurait masquer les difficultés quotidiennes. Le sport offre toutefois une autre fenêtre d’espoir. Avec la transformation de l’Indian Ocean U15 Festival en FIFA U15 World Cup & Festival, Madagascar aura une nouvelle occasion de montrer ses jeunes talents. La Fédération malgache de football prépare sa sélection, entre jeunes du Talent Development Scheme, joueurs des clubs locaux et expatriés. Voilà peut-être l’une des vraies richesses du pays : sa jeunesse. Encore faut-il lui offrir autre chose que des discours. Et puis il y a la culture. Aujourd’hui, au palais des sports de Mahamasina, Rossy et ses compagnons de scène feront revivre, le temps d’un spectacle, l’âme d’une génération. Un moment de fête, mais aussi de mémoire. Car Madagascar vient de perdre deux figures de son patrimoine musical. Papa James s’est éteint en Afrique du Sud. Le « monstre sacré » des années 1970 laisse derrière lui des chansons devenues cultes et une empreinte indélébile dans la musique malgache. Son parcours rappelle aussi une réalité plus sombre : les récentes violences xénophobes qui avaient frappé son commerce en Afrique du Sud avaient profondément marqué sa vie et sa santé. Le rock malgache pleure également Bon Samar, guitariste reconnu, disparu jeudi dernier. Deux disparitions. Deux mémoires. Deux rappels que la culture n’est pas un supplément d’âme. Elle est une partie de la nation. Pendant que le monde affronte ses guerres, ses épidémies, ses crises migratoires et ses affrontements de puissance, Madagascar cherche encore sa trajectoire. La refondation ne pourra pas être uniquement institutionnelle. Elle devra être sociale. Économique. Culturelle. Humaine. Car une République ne se refonde pas seulement dans les palais, les salles de réunion ou les textes de loi. Elle se refonde dans la vie quotidienne des citoyens. Et le chiffre d’Afrobarometer devrait rester accroché au mur de toutes les institutions : 61% de Malgaches vivent mal ou très mal. C’est ce chiffre-là qui doit donner le rythme des réformes. Pas les querelles de pouvoir. Pas les calculs géopolitiques. Pas les slogans. La vraie urgence est là : rendre l’espoir crédible. Parce qu’un pays peut changer de régime, réviser sa Constitution, réformer ses institutions et multiplier les dialogues. Mais s’il ne change pas la vie de ses citoyens, il n’aura fait que changer la façade.

Rija Randriambola

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