
Les difficultés des adolescents sont généralement mesurées à travers l’école, la pauvreté, la santé physique ou les grossesses précoces. Leur santé mentale reste beaucoup plus difficile à saisir. Les données internationales montrent l’ampleur du phénomène, tandis que les réalités malgaches suggèrent que les jeunes sont exposés à de multiples facteurs de vulnérabilité.
En effet, selon l’Organisation mondiale de la santé, un adolescent sur sept, âgé de 10 à 19 ans, souffre d’un trouble mental à l’échelle mondiale. Dépression, anxiété et troubles du comportement figurent parmi les principales causes de maladie et d’incapacité chez les adolescents. Ce chiffre ne peut toutefois pas être appliqué mécaniquement à Madagascar. C’est précisément l’une des difficultés : le pays manque encore de données nationales suffisamment régulières pour mesurer avec précision l’ampleur de la détresse psychologique chez les adolescents. L’UNICEF souligne d’ailleurs, à l’échelle internationale, le manque persistant de données fiables permettant de mesurer la santé mentale des jeunes.
Exposée
Cette absence de mesure ne signifie pas absence de problème. À Madagascar, pauvreté, décrochage scolaire, travail des enfants, violences, grossesses précoces et incertitude face à l’avenir constituent autant de facteurs susceptibles de fragiliser les adolescents. Dans le Grand Sud, par exemple, une étude publiée en 2025 a notamment documenté les effets du changement climatique sur la santé mentale des adolescents. Les jeunes interrogés décrivent les conséquences psychologiques des sécheresses et de la dégradation de leurs conditions de vie.
Complication
La difficulté est aussi institutionnelle. Sans données nationales solides, il est compliqué de dimensionner les besoins, d’identifier les groupes les plus exposés ou de mesurer l’accès aux soins. La santé mentale des adolescents mérite donc de sortir du silence. La première urgence n’est peut-être pas de prétendre connaître l’ampleur exacte du problème, mais de commencer à la mesurer sérieusement. Car ce qui reste invisible dans les statistiques risque aussi de rester absent des politiques publiques.
José Belalahy




