
La pauvreté ne se mesure pas seulement au revenu d’un ménage. Elle peut commencer très tôt, dans une enfance marquée par la malnutrition, les difficultés scolaires, le travail précoce ou l’absence de services essentiels.
Le phénomène est massif. La Banque mondiale estimait à 75,2% la proportion de la population vivant dans la pauvreté en 2022, avec un taux atteignant 79,9% en milieu rural. Mais son analyse souligne surtout la dimension intergénérationnelle du phénomène. En effet, malnutrition infantile, travail des enfants, mariages précoces et grossesses adolescentes contribuent à maintenir les familles dans la pauvreté. Chez les enfants, la pauvreté dépasse donc largement la question de l’argent. Une analyse de l’UNICEF, basée sur les données disponibles, montre que 67,6% des enfants malgaches étaient privés d’au moins deux dimensions essentielles du bien-être, notamment la santé, l’éducation, l’eau, l’assainissement ou le logement.
Accumulation
Le mécanisme est redoutablement simple. Un enfant mal nourri apprend moins bien. Un enfant qui quitte l’école tôt dispose de moins de compétences. Celui qui entre prématurément dans le travail risque ensuite de rester cantonné aux activités les moins productives et les moins rémunératrices. Selon l’indice de capital humain de la Banque mondiale, un enfant né à Madagascar devrait atteindre, à l’âge adulte, environ 39% de son potentiel de productivité s’il bénéficiait d’une éducation complète et d’une bonne santé.
Investir
C’est précisément pourquoi la protection sociale ne devrait pas être considérée uniquement comme une aide d’urgence. Les transferts monétaires peuvent permettre aux familles de maintenir leurs enfants à l’école et d’investir davantage dans leur santé et leur nutrition. Le véritable enjeu est donc moins de réparer la pauvreté à l’âge adulte que d’empêcher qu’elle ne se fabrique pendant l’enfance. Pour le pays, investir tôt dans l’enfant n’est pas seulement une politique sociale, c’est une stratégie économique.
José Belalahy




