
Après l’appréciation spectaculaire du premier semestre 2026, l’ariary est de nouveau sur le chemin de la dépréciation.
Hier, à la fermeture du marché interbancaire des devises (MID), l’euro affichait une parité de 4 318 ariary face au dollar et de 4 946 ariary face à l’euro, alors qu’en début juillet les mêmes devises valaient respectivement 4 259 ariary et 4 805 ariary.
Semestre exceptionnel
En somme, depuis le début du deuxième semestre, l’ariary a enregistré une dépréciation de 2,9% par rapport à l’euro et de 1% face au dollar. Une évolution qui intervient après un premier semestre exceptionnel pour l’ariary qui, rappelons-le, s’est apprécié de 7% par rapport au dollar et de 9,3% par rapport à l’euro. Cette appréciation de l’ariary au premier semestre s’expliquait principalement par une augmentation des recettes en devises, tirées des exportations minières, textiles et agricoles, ainsi que du tourisme, des transferts financiers de la diaspora, ainsi que des financements extérieurs qui se poursuivent. La politique monétaire de la Banque centrale, qui mène une gestion prudente des réserves de change, a également expliqué cette bonne tenue de l’ariary au cours des six premiers mois de l’année.
Importations pétrolières
Les cambistes expliquent ce retour à la dépréciation de l’ariary par une augmentation des demandes de devises sur le MID. Les importateurs ont besoin de dollars et d’euros pour régler leurs fournisseurs étrangers. Une reprise des importations, notamment de biens d’équipement, d’intrants ou de produits énergétiques, peut ainsi exercer une pression supplémentaire sur l’ariary. Les importations pétrolières réalisées par la SPM sont pour beaucoup dans cette hausse de la demande en devises. À cela pourraient s’ajouter les importations en cours ou à venir de riz, pour réguler le marché actuellement marqué par une hausse des prix du riz local. D’ailleurs, la dernière décision du gouvernement de transition de suspendre les taxes sur le riz importé pourrait encore contribuer à l’augmentation des importations de riz et, par conséquent, à une hausse encore plus importante de la demande de devises.
Plus fort
Pour l’heure, les chiffres ne sont pas aussi alarmants qu’on peut le croire. L’ariary a certes perdu du terrain depuis juillet, mais il reste encore nettement plus fort qu’au début de l’année. La question n’est donc pas encore celle d’un retour à la faiblesse de la monnaie nationale, mais plutôt celle de l’atterrissage après une appréciation spectaculaire. Dans un pays fortement dépendant des importations et des entrées de devises, la trajectoire des prochains mois sera particulièrement instructive. Elle permettra de savoir si l’ariary est en train de retrouver un niveau d’équilibre ou s’il ne fait que corriger temporairement une appréciation exceptionnelle. Quoi qu’il en soit, cette correction n’aura pas les mêmes conséquences pour tous les acteurs économiques. Pour les importateurs, une remontée du dollar et de l’euro signifie mécaniquement une augmentation du coût des achats à l’étranger. Si le mouvement devait se poursuivre, il pourrait progressivement se répercuter sur les prix intérieurs, notamment pour les produits dont le coût dépend fortement des importations.
Stabilité
Pour les exportateurs, en revanche, la situation est différente. Une légère dépréciation de l’ariary augmente la valeur en monnaie nationale des recettes réalisées en devises. Elle peut donc améliorer leur compétitivité et leurs marges, à condition, évidemment, que leurs coûts de production ne soient pas eux-mêmes fortement dépendants des importations. Les exportateurs des secteurs porteurs comme la vanille, le textile, l’agroalimentaire… sont les plus privilégiés par la tendance actuelle. Pour les ménages, l’effet est plus indirect mais potentiellement sensible. Dans une économie où une partie importante des biens de consommation, des carburants, des équipements et des intrants provient de l’étranger, toute dépréciation durable de l’ariary constitue un facteur de pression sur les prix. Dans tous les cas, les autorités monétaires restent conscientes du fait que l’objectif n’est pas nécessairement d’avoir un ariary constamment plus fort. Une appréciation excessive peut pénaliser les exportateurs, tandis qu’une dépréciation trop importante peut alimenter l’inflation. « L’enjeu est plutôt de parvenir à une évolution relativement ordonnée du taux de change, compatible avec les fondamentaux de l’économie et les besoins des différents secteurs », de veiller à la stabilité de l’ariary.
R.Edmond.




