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vendredi, septembre 4, 2026
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Expression : La sève du système

« Ce n’est pas facile de redresser ce pays », a affirmé le numéro un de la Refondation de la République de Madagascar lors de sa visite à la Secren, le 7 janvier 2026, à Antsiranana. En revanche, il est encore plus difficile de faire comprendre cela à un peuple qui veut un changement immédiat, car il a le ventre creux, émettant un grondement.

Les petits et moyens entrepreneurs, les ouvriers, les planteurs sont pauvres, amaigris et désargentés. Rejeter la faute sur les intendants serait trop osé. Pourtant, ils ne peuvent pas s’en passer. Madagascar a un problème de forme et de fond. La première est due à ce laisser-aller, à ce laisser-faire : l’attitude d’une population qui veut simplifier sa vie, « parce qu’il y a tant de pauvreté ». La paresse prend le dessus. Si la Grande île était un bateau, les Malgaches seraient des rameurs indisciplinés et irresponsables. Bien entendu, rien n’avance. D’autre part, la mentalité demeure un sérieux problème. Le fond ne vient pas seulement de la population : les dirigeants ont une large part de responsabilité. La procrastination, le paraître avant d’agir, l’argent avant le respect, les mille discours et zéro action enfoncent davantage le pays dans la boue profonde de la pauvreté. « Ce problème de forme et de fond persiste toujours. De la Seconde République jusqu’à nos jours, cette situation creuse un fossé entre les hauts responsables et leurs concitoyens. L’expression samy manao izay tiany  (chacun fait ce qu’il veut) est loin d’être une liberté », a appuyé le sociologue Dr Sandro Lino Razanadramionina. Effectivement, à Madagascar, c’est l’anarchie qui ne prononce pas son nom ! L’exemple vient d’en haut, mais en bas, c’est la pratique.

Les ouvriers des entreprises phares d’antan, les planteurs des produits de rente, les petits et moyens exploitants souffrent actuellement. La cause ne vient ni de l’ancien régime ni de la Refondation, qui célébrera dans un mois son ascension au pouvoir. La cause est lointaine. Mais là encore, l’accusation serait gratuite si l’on se dédouanait de l’erreur en la rejetant sur les raiamandreny qui, malgré tout, ont fait tout ce qu’ils ont pu pour redresser la nation. L’explication du Dr Daniel Arius Mahitsiambo, spécialiste en relations internationales, mérite d’être soulevée. « Personnellement, les gouvernements qui se sont succédé ont commis la même erreur. Dans les années 1970-1980, Madagascar a choisi de travailler avec le bloc de l’Est. Je trouve que l’équipe du président de l’époque n’a pas mené une profonde réflexion, sans douter de leur expérience, bien sûr. Ils étaient des élites intelligentes. Mais il me semble que l’adaptation du socialisme à la tradition malgache était, si je peux le dire ainsi, forcée. Il n’y avait pas de continuité de base. » Embrasser la tendance de la politique internationale est devenu un sport national. L’idéologie de l’extérieur est brutalement, si l’on ose dire, implantée dans l’esprit d’un peuple qui cherche ses repères. Les Malgaches, quant à eux, nourrissent les idées proposées par les chaînes vazaha. Par conséquent, les paroles s’entrechoquent.

Se référer aux décisions prises par certains dirigeants africains ne semble pas une solution. Madagascar n’est pas le Burkina Faso, ce pays qui a été imbibé par l’héritage de Thomas Isidore Sankara. D’un survol historique, le Mali et le Niger, par exemple, ont une fierté dont la base est solide malgré la domination française. Au lieu d’étudier et de faire une analyse méticuleuse de ce qui se passe ici, les hauts dignitaires malgaches, en vue de plaire au vahoaka, démontrent le « voilà, nous aussi, nous sommes avec eux ». Ils s’affichent aux côtés des « présidents à tête dure » comme des fans qui demandent un selfie avec leurs idoles. Être le sujet des journalistes internationaux, tel est l’objectif. Il faut l’avouer, les leaders de cette nation en perpétuelle construction sont dans la tendance, comme des artistes voyant leur popularité en chute et qui proposent des featuring avec les stars du moment !

Des articles de journaux, des émissions télévisées, des animations sur les ondes ainsi que les talk-shows des influenceurs, bien que certains d’entre eux soient subtilement muselés, ne secouent plus les branches, mais le tronc de l’arbre. Il ne s’agit plus de faire tomber les fruits pourris, mais d’arracher l’arbre depuis la racine. Oui, la sève de la corruption, du clientélisme a alimenté les fruits et les feuilles. Ce qui rejoint l’argument du jeune sociologue Dr Daniel Arius Mahitsiambo. Ces fruits et ces feuilles ne sont que la partie visible, « la forme ». La racine, la partie profondément immergée dans le sol, est « le fond ».

Iss Heridiny

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