
Le message est clair. Aucun dirigeant de l’ancien régime ne sera épargné malgré le processus de concertation nationale et le dialogue politique en cours.
La ministre Fanirisoa Ernaivo lance une véritable chasse aux sorcières contre les barons de l’ancien régime. Au cours d’une interview accordée à nos confrères de TV5Monde, la garde des Sceaux a évoqué l’ouverture d’enquêtes judiciaires contre l’ancien président Andry Rajoelina, l’ex-Premier ministre Ntsay Christian, l’ancien maire de la Commune urbaine d’Antananarivo, Naina Andriantsitohaina, et l’homme d’affaires Mamy Ravatomanga, qui est incarcéré dans la prison de haute sécurité de Melrose, à l’île Maurice, depuis le 25 octobre 2025. Le message est clair. Aucun dirigeant de l’ancien régime ne sera épargné malgré le processus de concertation nationale et le dialogue politique en cours. À travers la déclaration de la ministre de la Justice, on peut lire que les tenants du pouvoir de la Refondation entendent faire fi des recommandations de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), insistant sur la libération des prisonniers politiques et l’arrêt immédiat des poursuites et des persécutions (c’est selon) contre les dirigeants déchus.
Accusations. Abus de pouvoir, corruption, détournement et complicité de détournement de deniers publics. Ce sont, entre autres, les accusations portées contre ces leaders du régime « Volomboasary ». En ce qui concerne Andry Rajoelina, Fanirisoa Ernaivo affirme le déclenchement, la semaine dernière, d’une enquête ouverte contre l’ancien président de la République. Pas plus tard que jeudi dernier, son département ministériel a officialisé l’ouverture d’une enquête suite à une plainte de la Direction de la législation et des contentieux (DLC) auprès de la Primature afin de déterminer les conditions ayant permis à l’ancien président d’obtenir un certificat de nationalité malagasy lors de l’élection présidentielle de 2023 alors qu’il dispose déjà d’une nationalité française. Par ailleurs, les comptes bancaires d’INJET ont également été gelés et tous les matériels de ladite société saisis. Pour ce qui est de son Premier ministre, Ntsay Christian, c’est la première fois depuis le début de cette crise que son nom est cité dans une affaire judiciaire. La ministre de la Justice a annoncé, durant cette interview, que l’ancien locataire de Mahazoarivo fait, lui aussi, l’objet d’une ouverture d’enquête. Tout comme l’ancien président, l’ex-PM est aussi accusé d’être impliqué dans l’affaire table-bancs impliquant l’ancienne ministre de l’Éducation nationale, Sahondrarimalala Marie Michelle.
Candidats de substitution. Naina Andriantsitohaina, quant à lui, est aussi visé par un mandat d’arrêt. L’ancien maire de la Ville des Mille aurait quitté le pays et se trouverait désormais en Afrique du Sud ou en Belgique, si l’on s’en tient aux propos de Fanirisoa Ernaivo. Cette dernière reste convaincue qu’un jour, celui qui était ministre des Affaires étrangères, puis ministre de la Décentralisation et de l’Aménagement du territoire, se fera rattraper dans sa fuite. Actuellement, l’équipe du ministère de la Justice œuvre et manœuvre pour réclamer l’extradition de l’homme d’affaires Mamy Ravatomanga. Comme dans le cas de la société de l’ancien président Andry Rajoelina, ses comptes bancaires, ainsi que ceux de son épouse et de ses enfants, ont également été gelés, tous les biens de la famille saisis et toutes les sociétés du groupe SODIAT placées sous administration judiciaire par le Pôle anti-corruption (PAC). « Il doit répondre de ses actes devant la justice malagasy, quelle que soit l’issue de son procès à Maurice », a martelé la garde des Sceaux. Quatre grandes figures de l’ancien régime sont donc désormais dans le collimateur de la justice. Bon nombre d’observateurs estiment toutefois que la démarche relève d’un simple effet d’annonce, car la procédure n’a aucune chance d’aboutir. En ce qui concerne, par exemple, le cas de l’ancien président Andry Rajoelina, nul n’ignore que la France n’extrade jamais ses ressortissants. Plus d’un estime alors que l’objectif visé par ces dossiers judiciaires consiste à empêcher l’ex-président, ainsi que les potentiels candidats de substitution, de se porter candidats aux prochaines échéances électorales. Les gels de comptes consistent surtout à boucher les éventuelles sources de trésor de guerre afin d’anéantir complètement l’ancien parti au pouvoir pour laisser le champ libre au candidat de la Refondation.
Davis R




