
Magistrat de carrière et juriste de formation, Herilaza Imbiki appelle à dépasser le simple remplacement des dirigeants ou des institutions pour engager une transformation en profondeur de l’État malgache.
Face à la situation politique actuelle, Herilaza Imbiki livre une lecture qui dépasse le seul calendrier électoral. À ses yeux, Madagascar ne pourra rompre avec le cycle des crises successives qu’en s’attaquant aux causes structurelles de l’instabilité. « La véritable refondation de Madagascar ne devrait pas être seulement un changement de dirigeants ou d’institutions », estime-t-il. Elle doit, selon lui, « tirer les leçons des crises successives et reconstruire durablement l’État, la démocratie, la justice, l’économie et la confiance entre les citoyens et les institutions ».
Première leçon avancée par le magistrat : la stabilité politique ne peut pas reposer sur la personnalité d’un dirigeant. Les institutions doivent être suffisamment solides pour fonctionner indépendamment « des personnalités et des rapports de force du moment ». Cette consolidation institutionnelle suppose notamment de revoir l’équilibre entre la Présidence de la République, le gouvernement et le Parlement. Herilaza Imbiki préconise ainsi de renforcer réellement le rôle du Parlement dans le contrôle de l’action gouvernementale, de garantir l’indépendance de la justice et de renforcer les mécanismes de contrôle constitutionnel.
Il estime également nécessaire de clarifier les conditions de dissolution et de changement des institutions, tout en mettant en place des mécanismes efficaces de lutte contre les conflits d’intérêts et la corruption. À cela doit s’ajouter, selon lui, une professionnalisation durable de l’administration publique. L’objectif, selon Herilaza Imbiki, est de « faire en sorte que l’État fonctionne au-delà des changements de personnes au sommet ».
« Une élection ne suffit pas nécessairement à résoudre une crise politique », a affirmé Herilaza Imbiki. Pour être véritablement une « élection de sortie de crise », elle doit être préparée par un processus « consensuel, inclusif et transparent », avec des garanties acceptées par les principaux acteurs, a-t-il avancé. Dans cette perspective, le fichier électoral devient une question centrale, estime-t-il. « Le fichier électoral est une question de confiance nationale », souligne Herilaza Imbiki. Il plaide pour sa refonte, son audit indépendant et une gestion transparente.
Données électorales. Son approche repose sur l’établissement d’un « pacte national » pour des élections crédibles. Ce pacte devrait notamment, selon Herilaza Imbiki, prévoir l’audit et la refonte du fichier électoral, une réforme consensuelle du Code électoral, ainsi qu’un renforcement de l’indépendance et de la crédibilité de la CENI. La transparence du financement des campagnes, le contrôle indépendant des résultats et la mise en place de mécanismes rapides de règlement des contentieux figurent également parmi ses propositions. Il insiste par ailleurs sur la nécessité d’une participation effective des partis politiques et de la société civile. Les élections des chefs de fokontany devraient également être transparentes, tandis que l’observation nationale et internationale devrait être encouragée. Et toutes les données électorales essentielles, selon toujours Herilaza Imbiki, devraient être publiées de manière accessible au public.
Dans le contexte actuel, le dialogue national occupe également une place centrale dans la réflexion du magistrat. Mais Herilaza Imbiki met en garde contre un dialogue qui se limiterait à une succession de réunions. Le Dinika Fakankevitra, estime-t-il, doit devenir « un véritable instrument de décision ». Il devrait déboucher, selon cet ancien ministre, sur des résultats précis et mesurables, dont « un accord politique national, un calendrier électoral consensuel, une feuille de route institutionnelle et un ensemble de réformes électorales ». À cela devraient s’ajouter des garanties de sécurité et de liberté politique, ainsi qu’un mécanisme de suivi associant les différentes forces politiques.
Rija R.


