
La ministre de l’Éducation nationale, Sendra Nirina Rajaonarison, a révélé qu’il faudra entre 7 et 10 ans pour intégrer dans la fonction publique les 118 000 enseignants non fonctionnaires (ENF) du pays. Dénonçant la corruption et les dérives politiciennes dans la création anarchique d’écoles, la ministre préconise désormais une transparence totale et une rationalisation stricte du temps de travail dans les établissements publics.
Le problème des enseignants non fonctionnaires (ENF), communément appelés maîtres FRAM, ces éducateurs rémunérés grâce aux cotisations des associations de parents d’élèves sans bénéficier du statut de fonctionnaire, reste un casse-tête majeur pour le secteur éducatif malgache. Lors de l’inauguration du lycée d’Alakamisy Fenoarivo, samedi dernier, la ministre de l’Éducation nationale, Sendra Nirina Rajaonarison, a dressé un état des lieux sans concession : on compte actuellement 118 000 ENF à travers l’île. Et leur intégration dans la fonction publique s’annonce particulièrement longue. « Il faudra entre sept et dix ans pour que l’ensemble de ces enseignants soient recrutés par l’État. Lors du dernier quota des postes budgétaires attribués, seuls six ENF par CISCO ont pu être intégrés », a révélé la ministre. Un chiffre qui illustre l’ampleur du chemin restant à parcourir.
Corruption
Outre le défi de l’intégration, le ministère de l’Éducation nationale entend mener une lutte acharnée contre la corruption qui gangrène le système depuis trop longtemps. La ministre préconise une transparence totale dans la sélection. « Il faut privilégier les recrutements au vu et au su de tous, et non sur la base de simples listes concoctées dans l’ombre puis transmises aux responsables. Le ministère a hérité de pratiques frauduleuses intolérables. Des enseignants qui auraient dû être intégrés dès 2018 ou 2020 ne le sont toujours pas aujourd’hui, alors que certains comptent déjà jusqu’à 17 ans de service », s’est-elle désolée. Pour Sendra Nirina Rajaonarison, le pays paie aujourd’hui le prix d’années de mauvaise gestion. « Nous n’en serions pas arrivés à cette situation critique si les normes de recrutement et de création d’établissements avaient été respectées. Parfois, des enseignants recrutés par les parents d’élèves manquent de qualifications et de formation, ce qui impacte directement la qualité de l’enseignement. Par ailleurs, certains construisent des écoles à des fins électorales et de fausses promesses, laissant ensuite le ministère et l’État gérer les conséquences de cette politique irresponsable ».
Toutefois, la ministre se veut ferme : pas question de continuer à embaucher de manière anarchique. Il appartient désormais à la direction de l’établissement et au corps professoral de rationaliser l’emploi du temps. « Beaucoup d’enseignants ne dispensent que 10 heures de cours par semaine dans le public avant d’aller cumuler dans le privé, alors qu’ils doivent effectuer au moins 20 heures de service dans les établissements publics. Les écoles publiques ne doivent plus recruter à l’aveuglette, il faut d’abord compléter le volume horaire obligatoire de chacun », a-t-elle conclu avec fermeté.
Narindra Rakotobe


