
Onze mois après la chute du régime Rajoelina, la vie politique malgache se résume à un mot : Fanavaozana. La Refondation est devenue le laissez-passer pour exister, le bouclier pour survivre. D’un extrême à l’autre de l’échiquier, la classe politique se repeint en vert à une vitesse stupéfiante.
Le phénomène a commencé à Tsimbazaza avec le VFM, Vovonana Fihavaozana an’i Madagasikara. Une plateforme qui revendique plus de 80 députés, pour l’essentiel issus de l’ancienne majorité présidentielle IRMAR. Des élus qui, il y a moins d’un an, défendaient bec et ongles le bilan du régime déchu et qui, aujourd’hui, affichent une allégeance inconditionnelle au nouveau pouvoir. La logique de transhumance s’est poursuivie au niveau local avec la dernière-née des structures, le FBF, Firaisankinan’ny Ben’ny Tanàna ho an’ny Fanavaozana. Même profil, même méthode. Des maires élus sous la bannière orange qui, du jour au lendemain, soutiennent la Refondation. Le seul dénominateur commun entre VFM et FBF : ils ont tous été, jusqu’à la dernière heure, les fidèles défenseurs du régime Rajoelina.
Légitimité
Face à ce bloc d’élus recyclés, un autre sigle revendique l’antériorité morale : le FFM, Fanilon’ny Fanavaozana an’i Madagasikara. C’est historiquement la première association à s’être positionnée publiquement, dès le 29 décembre 2025, dans la foulée des événements de septembre. Elle tire sa légitimité non pas des mandats, mais de la rue. Née, selon ses fondateurs, de la descente sur le terrain et de l’engagement du peuple, elle se présente comme le bouclier de l’intérêt général. Sa devise est explicite : « Taratry ny fanavaozana », le reflet de la Refondation. Mais le tableau n’est pas si manichéen. Car, à y regarder de près, un bon nombre de membres du FFM lui-même est issu de l’ancien système. Des figures IRMAR qui ont senti le vent tourner dès les premiers basculements du rapport de force et qui ont changé de veste à temps. Le reflet est donc déjà brouillé.
Firongony
Deux Refondations s’affrontent, en réalité. D’un côté, celle des élus, une Refondation par le haut, opportuniste. Une stratégie de survie classique et bien huilée : changer de couleur pour garder le fauteuil, changer de sigle pour garder les avantages. De l’autre, celle portée par le mouvement de la Gen Z pour la Refondation et les acteurs du 25 septembre 2025. Une Refondation par le bas, qui ne veut pas simplement changer de camp, mais « sortir les « Firongony », les profiteurs et les opportunistes du système, pour entamer la vraie refondation morale et politique ». Dans cette cacophonie des sigles – VFM, FFM, FBF –, c’est l’opinion publique qui est prise en otage. Qui incarne quoi ? Qui est le vrai reflet et qui est l’opportuniste ? Dans les quartiers, la plupart des Malgaches ne savent plus sur quel pied danser. Le message initial de rupture porté par la rue en septembre 2025 se dilue dans un jeu de chaises musicales.
Blanchisserie politique
L’histoire bégaie à Madagascar. Le parallèle avec le début des années 90 est saisissant. À l’époque, pour faire tomber l’ancien président Ratsiraka, toutes les forces politiques, y compris les plus zélés soutiens du régime, s’étaient soudainement découvert une âme d’Hery Velona. Le label « Forces vives » avait alors servi de grande blanchisserie politique, permettant à l’ancien monde de survivre sous une nouvelle étiquette. Le mot Fanavaozana est en train de suivre exactement le même chemin. Et c’est tout l’enjeu de la concertation nationale qui s’annonce. Si la Refondation se résume à une vaste opération de repeinture où les « oranges » d’hier deviennent les « verts » d’aujourd’hui, la crise de confiance portée par les jeunes qui ont fait le 25 septembre risque de s’aggraver dangereusement. On aura alors assisté à une révolution qui a changé de maîtres, mais pas de système.
Julien R.



De véritables tourne vestes ces députés……
Honte à eux…sans foi ni loi juste sauver leur porte-monnaie
Mais pourquoi diantre les « électeurs » accordent systématiquement leurs voix à ces mpamadika palitao