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jeudi, septembre 24, 2026
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Lanto Ratsida : « 25 septembre 2025, la chute de l’ancien régime demeure l’unique acquis indiscutable »

Lanto Ratsida, sociologue et responsable de l’Observatoire de la Jeunesse.

À la veille de la commémoration du 25 septembre, date du soulèvement qui a précipité la chute du régime Rajoelina, le sociologue Lanto Ratsida dresse un bilan lucide de l’an I de la Refondation. Entre espoirs déçus de la Gen Z, crise de confiance et concertation à venir, il décrypte le rendez-vous manqué de la jeunesse avec l’Histoire.

Midi Madagasikara (M.M.) : Nous commémorons aujourd’hui même le 25 septembre. Un an, jour pour jour, après le début du mouvement qui a conduit à la chute du régime Rajoelina, quel bilan dressez-vous, en tant que sociologue, du régime de Refondation ? Que reste-t-il concrètement des revendications de la rue ?

Lanto Ratsida (L.R.) : Un an après, le constat est partagé par tous, y compris par le régime et les jeunes : le chemin à parcourir reste immense. Si la chute de l’ancien régime demeure l’unique acquis indiscutable, l’opinion et la jeunesse se retrouvent aujourd’hui profondément fragmentées entre optimisme, hésitation et désillusion. C’est désormais le niveau de confiance accordé à la concrétisation des promesses qui dicte les positions de chacun. Malheureusement, face aux atermoiements actuels, cette crise de confiance commence à raviver le spectre des désillusions historiques de 1972.

M.M. : D’un point de vue sociologique, la jeunesse a été le fer de lance de la révolution de septembre. Un an plus tard, où en est-elle ? Entre ralliement aux institutions et tentation du retrait, son élan s’est-il transformé en engagement durable ou assiste-t-on à un essoufflement ?

L.R. : Plusieurs figures de la jeunesse, qu’elles aient été en première ligne ou non, ont désormais franchi le pas (ou sont en train de demander officiellement un quelconque poste de responsabilité), en acceptant des responsabilités au sein du pouvoir, à l’image des récents ralliements de leaders Gen Z au colonel Michaël Randrianiriana pour ne pas laisser le terrain libre aux adversaires (« forongony » et opportunistes, disent-ils devant le média). Si ce choix reflète du pragmatisme face au vide politique, il ressemble aussi à une décision de désespoir dictée par l’absence d’alternatives, rappelant la trajectoire du MFM après 1972. Espérons que cette démarche ne relève que d’un simple opportunisme matériel, car la politique malgache nous enseigne qu’intégrer l’appareil réduit la marge de manœuvre. Il suffit d’observer les déclarations des récents leaders devenus « conseillers techniques » pour mesurer à quel point le système finit par neutraliser les ambitions initiales.

M.M. : Beaucoup de jeunes qui ont fait le 25 septembre disent aujourd’hui se sentir relégués au second plan. En tant qu’observateur de la société, diriez-vous qu’ils ont manqué leur rendez-vous avec l’Histoire ou qu’ils ont été rattrapés par un système qui refuse de leur faire confiance ?

L.R. : Je dirais sans détour qu’ils ont manqué cette occasion historique de peser sur le cours des choses. La vérité est qu’aucune force politique ne les a véritablement soutenus de manière désintéressée : classe politique, société civile, partenaires internationaux et même une diaspora pourtant très mobilisée n’ont souvent vu en eux qu’un tremplin d’opportunité et de visibilité. Ce rendez-vous manqué révèle la persistance d’une culture et de pratiques sociopolitiques malgaches, ainsi que de dynamiques géopolitiques, qui continuent d’instrumentaliser la jeunesse plutôt que de lui céder les rênes. Au-delà du manque d’expérience ou d’organisation, ils ont surtout été rattrapés par les pesanteurs d’un système qui refuse fondamentalement de faire confiance à ses jeunes générations.

M.M. : La Concertation nationale pour la Refondation s’ouvre justement en ce jour symbolique. Quelle place doit y occuper la jeunesse pour ne pas être réduite à une simple caution, à de la figuration ?

L.R. : Les jeunes doivent y occuper une place de véritables leaders, et non de simples figurants au sein de comités triés sur le volet. Les récentes désillusions des jeunes du comité CROSS — évincés au profit de profils parachutés par la primature malgré les engagements du ministère de la Jeunesse — prouvent une fois de plus les limites de cette participation octroyée. Pour peser réellement, ils devraient prendre l’initiative d’organiser leur propre concertation, en toute indépendance et avec leurs propres moyens, même si la question demeure entière quant à leur capacité et leur volonté de s’affranchir ainsi de la tutelle de l’État.

M.M. : La Gen Z a marqué les esprits par sa mobilisation, mais aussi par ses divisions internes très médiatisées. En tant que sociologue, comment analysez-vous ces fractures ? N’ont-elles pas fini par brouiller le message du 25 septembre ?

L.R. : Ces divisions internes pèsent inévitablement sur le mouvement, mais elles ne font que refléter les travers profonds de la société malgache, où aucune entité — qu’elle soit politique, économique ou religieuse — n’échappe à la fragmentation. Pour combler cette lacune et stabiliser ces élans citoyens, il nous manque cruellement un véritable tiers garant : une autorité morale incarnée par des personnes « manam-panahy », libres de toute allégeance partisane ou religieuse et animées d’une vision d’intégrité sans faille. Toute la question est de savoir si une telle force morale aura enfin l’audace et la capacité d’émerger pour transcender ces clivages historiques.

Recueillis par Julien R.

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