
La rencontre, le 22 septembre à New York, entre le président malgache Michaël Randrianirina et Massad Boulos, conseiller principal de Donald Trump pour les affaires africaines, témoigne des tentatives de rapprochement entre Washington et les nouvelles autorités malgaches.
Dans le cadre de son passage aux États-Unis pour assister à la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, Michaël Randrianirina a reçu à New York, le 22 septembre dernier, Massad Boulos, « l’homme Afrique » de Donald Trump. Cette rencontre intervient surtout dans un contexte où les États-Unis cherchent à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement en minerais stratégiques. Et, dans ce cadre, le dossier des terres rares malgaches, notamment le projet Vara Mada à Toliara, apparaît ainsi comme l’un des points sensibles de cette nouvelle relation.
Dimension familiale
Massad Boulos n’est pas un émissaire américain ordinaire. Conseiller principal de Donald Trump pour l’Afrique, il est présenté comme l’un des principaux canaux de la diplomatie africaine de la Maison-Blanche. Nommé à ce poste en avril 2025, l’homme d’affaires américano-libanais est également le beau-père de Tiffany Trump, fille du président américain. Son rôle dépasse toutefois la seule dimension familiale. Il agit comme un interlocuteur direct de Washington auprès de plusieurs dirigeants africains. Sa rencontre avec Michaël Randrianirina à New York prend donc une dimension particulière. Elle intervient alors que Madagascar semble progressivement gagner en importance dans les calculs économiques et stratégiques américains. Depuis le début de l’année, les contacts de haut niveau entre Washington et Antananarivo se sont multipliés.
Deux hommes
En avril, le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison avait rencontré à Washington le secrétaire d’État adjoint Christopher Landau. Les discussions avaient notamment porté sur les échanges commerciaux, les investissements et le projet Vara Mada. Le Département d’État américain avait explicitement évoqué la nécessité de renforcer les chaînes d’approvisionnement stratégiques américaines, tout en mettant en avant les retombées attendues pour Madagascar en matière d’emplois, de recettes et d’infrastructures.
Deux mois plus tard, en juin 2026, Washington envoyait à son tour à Antananarivo deux responsables particulièrement au fait des dossiers africains, en l’occurrence Nick Checker, sous-secrétaire d’État adjoint chargé des affaires africaines, et Christopher Kulukundis, conseiller Afrique de Donald Trump. Les deux hommes avaient été reçus par Michaël Randrianirina, Mamitiana Rajaonarison et le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko. Le projet Vara Mada figurait parmi les sujets abordés.
Vara Mada
Cette succession de contacts de haut niveau révèle un intérêt américain devenu plus soutenu pour Madagascar, alors que la compétition internationale autour des minerais critiques s’intensifie. Le dossier Vara Mada donne une profondeur économique à cette offensive diplomatique. Le projet, porté par Energy Fuels dans le sud-ouest de Madagascar, prévoit notamment la production de minéraux lourds contenant de la monazite, source de terres rares. Energy Fuels envisage d’expédier le concentré de monazite vers son usine de White Mesa, dans l’Utah, pour y produire des oxydes de terres rares destinés au marché américain et à ses partenaires.
USDFC
Le projet a d’ailleurs changé d’échelle stratégique en 2026. Son promoteur a présenté une nouvelle étude de faisabilité et Washington a multiplié les signes d’intérêt pour les minerais critiques malgaches. En juillet, l’administration américaine a par ailleurs apporté son soutien financier au développement d’un autre projet de terres rares à Madagascar, celui de Harena Rare Earths, à Ampasindava. L’International Development Finance Corporation américaine a annoncé un financement destiné aux travaux de développement du projet, présenté comme une source stratégique potentielle pour diversifier les approvisionnements américains. Madagascar s’insère progressivement dans la stratégie américaine de diversification des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques, dans un marché mondial largement marqué par la domination chinoise sur plusieurs segments des terres rares.
Compétition
Au-delà des intérêts portés sur le sous-sol malgache, Washington cherche également à consolider ses relations commerciales et diplomatiques avec les nouvelles autorités. La communication officielle américaine présente le développement économique, l’investissement et le commerce comme les principaux axes du rapprochement. Mais le choix des interlocuteurs et la fréquence des visites donnent une autre profondeur à cette relation. La présence successive de hauts responsables spécialisés dans les affaires africaines, puis l’intervention directe de Massad Boulos à New York, témoignent d’une implication politique qui dépasse les échanges diplomatiques.
Rija R.


