
L’ancienne députée de Fianarantsoa I est inculpée pour atteinte à la sûreté de l’Etat.
Tolérance zéro contre les personnalités de l’ancien régime. À l’issue du procès qui s’est déroulé hier à Anosy, l’ancienne ministre de l’Éducation nationale, Sahondrarimalala Marie Michelle, a été condamnée à une peine de 5 ans d’emprisonnement ferme. La décision secoue de nouveau le microcosme politique. Elle survient au même moment que l’arrestation et le placement en garde à vue à Maevatanana de l’ex-députée MAPAR, Nina Rahantanirina qui, elle aussi, est une des grandes figures de l’ancien régime. L’ancienne MEN est inculpée pour atteinte à la sûreté de l’Etat, en revanche, une autre affaire de détournement de deniers publics serait en cours d’investigation au niveau du Pôle anticorruption d’Antananarivo. 12 autres co-accusés ont, quant à eux, écopés d’une peine d’un an d’emprisonnement avec sursis. Arrêtée après une perquisition effectuée à son domicile le 4 janvier 2026, Sahondrarimalala Marie Michelle est incarcérée à la prison d’Avaradrano depuis le 19 janvier de cette année. Elle est donc le deuxième proche collaborateur de l’ancien président Andry Rajoelina à avoir été frappé par une condamnation définitive, après l’ancien président du Sénat, le général Richard Ravalomanana qui, lui, écope d’une peine de 10 ans de travaux forcés. Face à cette décision de justice, les partisans du « Volomboasary » crient à un règlement de comptes politique. En effet, actuellement, plus d’une dizaine de partisans et grandes figures de l’ancien régime séjournent en prison. Parmi eux figurent, entre autres, l’ancienne directrice de la communication à la Présidence Rinah Rakotomanga, l’ancien ministre des Transports et de la Météorologie Valery Ramonjavelo, l’ancien gouverneur de la région Vakinankaratra Vyvato Rakotovao, le président national du parti « Ny Fireneko », non moins ancien ministre de l’Education nationale Paul Rabary, l’ancien sénateur Sylvain Rabetsaroana, l’ancien député de Tana V Naivo Raholdina, le président du HAFARI Malagasy Jean Nirina Rafanomezantsoa et l’ex-secrétaire général du ministère du Tourisme Yves Maurice Rakotoniaina. Ils sont, pour la plupart, accusés d’atteinte à la sûreté de l’État.
Deux poids, deux mesures
Quid alors des recommandations de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) appelant les autorités de la Refondation à procéder à la libération sans condition de tous les détenus politiques ? Avec cette énième condamnation contre la députée élue à Fianarantsoa I et non moins directrice de campagne d’Andry Rajoelina durant l’élection présidentielle de 2023, on peut considérer que le régime en place entend ignorer complètement cette directive de la SADC. Bon nombre d’observateurs dénoncent également un deux poids, deux mesures de la justice. En effet, plusieurs ex-ministres et anciens hauts responsables étatiques ayant été condamnés ou faisant l’objet d’une procédure de mise en accusation auprès de la Haute Cour de justice sont actuellement recasés au sein de la Refondation, après avoir opté pour l’exil pour se soustraire à la justice. Pour sa part, Milavonjy Philobert, le vice-président représentant l’opposition à l’Assemblée nationale, ne s’est pas prononcé pour le moment par rapport à cette nouvelle condamnation de l’un de ses compagnons de lutte. On remarque d’ailleurs qu’après sa réconciliation avec le président de la Refondation, le colonel Michaël Randrianirina, organisée en grande pompe, l’élu d’Ambovombe semble avoir opté pour le silence politique.
Davis R





S’il n’y avait qu’elle ?!
La Cour des comptes a jeté un pavé dans la mare avec ce chiffre abyssal : 3,811 milliards d’Ariary de fonds publics détournés sous le règne autoritaire d’Andry Rajoelina. Si le système mis en place depuis le coup d’Etat de 2009 a excellé dans l’art de siphonner les caisses de l’État sans éveiller les soupçons, c’est qu’il reposait sur une machination bien huilée. Ministères, députés, collectivités territoriales : chaque rouage a été pensé pour faciliter les flux occultes.
Mais derrière cette vaste entreprise de pillage, une pièce maîtresse a rendu le tout possible. Une stratège, une tête pensante sans qui rien de cette ingénierie financière n’aurait pu voir le jour : Rindra Hasimbelo. Ministre de l’Économie et des Finances d’août 2021 à octobre 2025, elle a mené d’une main de maître les négociations avec les grands bailleurs internationaux, du FMI (pour la FEC et le FRD) à la Banque mondiale, en passant par la BAD. Personne ne contestera son intellect : brillante, formée aux arcanes des finances publiques et des marchés internationaux, elle maîtrise son sujet à la perfection. Là réside le véritable drame pour Madagascar. Ce talent rare, cette intelligence redoutable, n’ont pas été mis au service du développement, mais de la dissimulation. L’art du camouflage légal : Grâce à sa maîtrise technique, elle a réussi le tour de force de faire passer des détournements massifs pour des dépenses publiques tout à fait ordinaires Le financement du superflu : Téléphérique, autoroute, « Miami », EPP Mora, stades Manarapenitra et Barea… Derrière ces projets pharaoniques aux coûts faramineux et à l’utilité souvent discutable, c’est elle qui tenait les cordons de la bourse et validait les décaissements.
L’engrenage de la dette : En architecte des finances, elle a su pactiser avec les institutions internationales tout en plongeant le pays dans une spirale d’endettement colossale, impossible à rembourser pour les générations futures. La machine administrative s’est transformée sous sa coupe en un guichet automatique pour les proches du pouvoir. Les marchés octroyés à des figures sulfureuses comme Mamy Ravatomanga, les juteux contrats de l’entreprise Magic de Hery Rasoamaromaka, ou encore les décaissements liés au Lake Village Ivato : tout passait par son aval technique, blanchi par sa connaissance experte des règles budgétaires.
Andry Rajoelina a fourni l’impulsion politique et l’autoritarisme, mais Rindra Hasimbelo a fourni la méthode. Elle est restée l’une des rares figures de l’exécutif à posséder la vision globale nécessaire pour légitimer légalement l’illégitime.
Attention pas de désinformation ! Les résolutions du dernier sommet de la SADEC ne recommandent plus le retour des exilés politiques et …la libération des soi-disant » prisonniers politiques » !
Merci pour cette analyse pertinente. Votre lucidité et votre courage n’ ont d égaux que vôtre intelligence. Chapeau !