
De liane en liane, la politique change de couleur
Ils traversent les partis comme Tarzan saute de liane en liane dans la jungle. Sauf qu’ici, la jungle n’est pas amazonienne. La politique malgache est particulièrement touffue. Une liane orange par-ci. Une branche verte par-là. Un détour par une autre formation, puis une nouvelle alliance. À force de voir les couleurs se succéder, le citoyen pourrait presque avoir besoin d’un nuancier pour suivre les recompositions politiques.
Et voici maintenant le Vovonan’ny Fihavaozana an’i Madagasikara, le VFM. Rien que le nom invite à la curiosité : Fihavaozana, le renouvellement, la rénovation. Une promesse de changement qui mérite naturellement d’être observée à la loupe. Car le paysage politique malgache a cette particularité : les nouvelles plateformes peuvent réunir des personnalités dont les parcours sont parfois déjà bien connus du public. Rien d’anormal en soi : la politique est aussi faite d’alliances, de rapprochements et de recompositions.
Mais voilà que l’œil du chroniqueur s’amuse. Quand certains acteurs passent d’une couleur politique à une autre, le spectacle rappelle forcément Tarzan changeant de liane. La jungle, elle, reste la même ; seule la branche choisie semble changer. Hier orange, aujourd’hui vert : faut-il y voir une rupture, une évolution, une continuité sous une autre forme ! Chacun pourra naturellement se faire son idée. Le VFM arrive donc avec le vocabulaire du renouveau. À lui désormais de montrer ce que ce renouveau signifie concrètement : nouvelles idées, nouvelles méthodes, nouvelles priorités ou simplement nouvelle configuration politique ! Car une nouvelle plateforme n’est pas seulement un nouveau sigle. Elle devient véritablement nouvelle lorsqu’elle parvient à présenter un projet identifiable et à expliquer clairement ce qui la distingue des expériences précédentes. c’est là que la satire retrouve ses droits. Dans notre grande jungle politique, on ne dit pas forcément qu’on change de camp. On parle de « repositionnement ». On ne change pas nécessairement d’alliance : on « élargit la dynamique ». Et lorsqu’une couleur politique évolue, on peut toujours y voir non pas un changement de veste, mais une élégante adaptation au climat.
Après tout, le caméléon n’est pas accusé de manquer de couleurs. C’est précisément sa spécialité. Le VFM devra donc composer avec une question aussi simple que redoutable : qu’est-ce qui change réellement avec le renouvellement annoncé ? Les couleurs peuvent évoluer. Les alliances peuvent se recomposer. Les noms peuvent changer. Mais pour le citoyen, le plus intéressant restera toujours le même : les idées, le programme et les engagements. Tarzan pouvait se contenter de trouver la bonne liane. En politique, il faut aussi expliquer où elle mène.
Iss Heridiny




